En vadrouille en Provence
Couleurs automnales
12.03.2012 13:34 (rl)
Il existe des régions où l’été n’est pas forcément la plus belle période de l’année. Si la météo joue le jeu, on peut clore – ou encore ouvrir – la saison moto en beauté en Provence.
Début novembre en Provence – la masse touristique a disparu. Ceux qui restent ne sont pas là par hasard. A cette période, lumière et couleurs sont d’une intensité unique. Nous ne sommes pas les seuls de cet avis: Van Gogh, Cézanne et Picasso peignaient ici et tentaient de capturer cette densité lumineuse et colorée. Les feuilles de vigne sont d’un jaune profond, les cerisiers orange flambant et le ciel d’un bleu azur. Et à l’horizon, sans arrêt sous nos yeux, le Mont Ventoux. De loin, on aurait parfois tendance à croire qu’il est recouvert de neige, mais en réalité, sa crête arrondie et dégarnie est formée par une roche calcaire qui, selon le rayonnement du soleil, présente un aspect entre le gris mat et le blanc étincelant.
C’est comme si la nature sortait encore une fois tous ses registres avant l’arrivée de l’humidité et du froid de l’hiver, qui atténuera le feu des couleurs par un voile grisonnant. Le vent balayera les feuilles multicolores des arbres. Il jouera encore un peu avec elles, il les fera virevolter dans les airs avant de se lasser et de les laisser pourrir au sol sans s’en soucier.
Mais nous n’en sommes pas encore là. Nous logeons avec d’autres hôtes dans la maison de vacances d’Ernestine Frei à Carpentras. Une maison stylée, d’un aménagement insolite avec des murs en pierre gris-jaune aux volets bleu ciel, située dans un splendide jardin. Nous voulons explorer la région sur le dos de nos vieilles mules motorisées. Hélène se joint spontanément à nous. Une chance étant donné qu’elle connaît chaque petite route, chaque raccourci grâce à ses multiples entraînements à vélo.

Sans peine avec la moto
Du haut de ses 1912 m, le Mont Ventoux s’élève en solitaire sur la plaine. C’est une montagne mystique – et sacrée pour les cyclistes. En 1967, lors du Tour de France, le coureur anglais Tom Simpson y est décédé à 1,5 km du sommet. Il avait consommé des dopants et de l’alcool. La quête de substances dopantes est aussi vieille que l’humanité et en ce temps-là, elles n’étaient pas aussi méprisées qu’aujourd’hui. Une stèle à la mémoire du coureur a été érigée à l’endroit de son décès. Beaucoup de cyclistes s’y arrêtent durant leur ascension du Mont Ventoux.
Nous montons depuis Bédoin. C’est le côté le plus raide qui est respecté, voir même craint par les cyclistes. Pour nous, sans aucun effort, cette montée sinueuse est pur plaisir. La première course de côte motos et autos a eu lieu en 1902 sur ce tracé. Actuellement, BMW y ferait encore régulièrement des tests.
La partie supérieure du Mont Ventoux est constituée de calcaire, il n’y a pas de forêt, pas d’ombre et le vent souffle au sommet.
Depuis là, la vue s’étend jusqu’à la Méditerranée. Nous redescendons de l’autre côté et continuons jusque vers la vallée de la rivière Toulourenc. Nous faisons une halte à Brantes, village de montagne, où nous explorons à pied les ruelles trop étroites pour les voitures. Potiers, artisans et une couturière ont installé leur atelier dans les ruelles sinueuses de ce village en pierres.
Nous bifurquons à Sault et grimpons encore une fois, juste comme ça, sur le Mont Ventoux pour admirer la vue. Pour Hélène, qui gravit normalement chaque mètre à la sueur de son front, la montée est d’une facilité déconcertante. «Nous avons volé jusqu’au Mont Ventoux», racontera-t-elle lors du repas du soir.
Les quatre-heures à la vigne
C’est vendredi – jour du marché à Carpentras. Le marché est une symbiose entre les marchands provençaux, respectueux de la tradition, et des vendeurs ayant immigré d’Afrique du Nord. Entre eux se déploient les étalages habituels que l’on voit également chez nous et par-ci par-là, s’introduit un marchand marginal tentant lui aussi de gagner sa vie.
Nous flânons, buvons un café, flânons à nouveau, achetons des pulls polaires (sans fermeture-éclair, qui est source de froid à moto), dégustons et achetons du fromage, des olives et mangeons un poulet grillé sur un escalier en pierre. L’ambiance est détendue et bon enfant, mais nous ne voulons tout de même pas passer notre journée en nous baladant dans les ruelles de Carpentras.
Hélène nous accompagne à nouveau comme passagère et nous emmène aux Gorges de Nesque. Le tracé des gorges est riche en courbes et pauvre en circulation. Hélène connaît une route de mountain-bike pour atteindre Lioux, village pittoresque situé au pied d’une falaise. Le chemin en gravier est amusant, même à moto. Nous errons à travers le village moyenâgeux, à nouveau les couleurs sont denses et intenses. Nous grignotons nos quatre-heures à même la vigne et gagnons ensuite Gordes, où nous arrivons trop tard pour nous installer au café. Après une balade entre les murs historiques, nous entamons la rentrée, en passant par Senaque et Venasque pour rejoindre Carpentras, où nous fêtons ce soir le départ des autres convives. Tous regagnent la Suisse le lendemain. Nous repoussons notre échéance d’un jour.
Le plus beau, c’est quand il n’y a personne
Nous roulons jusqu’à Fontaine de Vaucluse et nous promenons vers la source de la Sorgue. Puis nous allons jusqu’à Roussillon. Rien à voir avec la région Languedoc-Roussillon ni la province historique du même nom. C’est un village qui porte également le nom de Roussillon, situé au pied du massif du Luberon. Ce village compte parmi les plus beaux de France. Le calme atypique nous envoûte et nous flânons un peu. Il se peut que les visiteurs venus en haute saison ne partagent pas notre sentiment, mais cela s’applique certainement pour toute la région. Roussillon est réputé pour sa terre ocre, matière première utilisée pour la production de couleurs jusqu’en 1930. De retour à Carpentras, nous flânons encore une fois jusqu’en ville afin de savourer un délicieux souper.
Le lendemain, dû à une constellation un peu spéciale, nous devons ramener une demi-douzaine de motos de terrain en Suisse, en plus de nos deux motos et sommes forcés de rentrer au pays au volant d’un véhicule de livraison. C’est un heureux hasard car il tombe des cordes durant tout le trajet du retour jusqu’en Suisse. Sur la remorque, nos mules motorisées sont détrempées. Ça tombe juste bien pour les nettoyer et les préparer pour l’hivernage.
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