Bon Vent

Afrique du Sud avec KTM

Avec le guide Alfie Cox

26.01.2012 08:32 (Paul Noy)

Le Sud-africain Alfie Cox est considéré comme une légende par le monde de l’offroad. Au gré d’une rando enduro, il nous montre personnellement les coins les plus magnifiques de sa région natale.


«...Year, it’s me. Alfie Cox, the legend ...». Notre guide de tour, chauffeur, cuistot, mécano et animateur  féru, ne s’accorde pas la moindre minute de repos. Il ne se défile jamais,  dans aucune situation, et est cons­tamment à notre disposition excepté lorsqu’il est au téléphone pour les préparatifs du prochain rallye «Roof of Africa» ou pour le Dakar sud-américain, auquel le – rien que 26 fois – champion du monde sudafricain, participera en voiture cette année. A côté de tout ça, il doit encore assurer le fonctionnement de son garage KTM.

 

 

Question existentielle: pourquoi?
Huit Australiens, le rédacteur MSS ­Tobias Kloetzli et moi-même composons léquipe. Etant donné que je suis de toute manière en Afrique du Sud pour rafraîchir ma licence de pilote d’ULM et que notre président (de l’offroad club bâlois CET) Stefan Rohr participe au rallye «Roof of Africa» la semaine d’après, Tobi et moi avons décidé de participer au tour préparatoire pour le Roof. Sur les huit Australiens, trois prendront également part au rallye. C’est donc plutôt par hasard que je me retrouve dans ce groupe-là. A l’aller, dans le bus, je me demande: «Mais pourquoi je fais ça?» Dès mon arrivée à la Wildcoast, dans la région de Coffee Bay (au sud de Durban), lorsque les discussions tournent autour de thèmes comme l’extrême enduro des Romaniacs, mon appréhension se confirme de plus en plus. Le niveau de cette randonnée est beaucoup trop élevé pour mes capacités de pilotage. Mon but n’a jamais été de rouler vite et ma devise a toujours été de «franchir les étapes sans casser l’homme ou la bécane», pourvu que j’aie du plaisir. Pourquoi je fais ça? 

Je me calme en me disant que ça n’a même pas encore commencé. De plus, les projets qui me faisaient un peu peur se sont toujours avérés comme étant les meilleurs.

Les trois premiers jours mènent à la Wildcoast. Le paysage est vallonné et herbeux, sillonné par de nombreux cours d’eau se jetant dans la mer. Les plages sont entrecoupées de falaises verdoyantes. L ’emblème régional le plus connu est le «Hole in the Wall», immense rocher dressé dans la mer au milieu duquel l’eau s’est frayée un passage sous forme de tunnel.

Notre camp de base est composé de plusieurs maisonnettes avec veranda et balcon. A peine deux minutes sur le balcon, je distingue déjà la première baleine dans la baie située juste en face de notre camp. Nous en verrons encore davantage les prochains jours et des dauphins nous livreront également leur show matinal. L ’Afrique!

Nous roulons avant tout des KTM 250 EXC 4T. Certaines ont été gonflées à 280 cm3. Les participants au rallye eux, disposent de  300 2T, KTM ou Husaberg flambant neuves.

Un saut périlleux en arrière dès la première heure
Lors du petit-déj, je commence à me faire du souci. Vais-je dégringoler la montagne et sans cesse freiner les autres? Serai-je le dernier wagon de notre petit convoi motorisé? J’ai pourtant déjà beaucoup pratiqué l'offroad en Afrique, je suis déjà venu jusqu’ici avec ma moto et suis retourné à la maison, mais en ce temps-là, il ne fallait surtout rien casser! Je ne prenais aucun risque, je ne m’aventurais dans aucun passage compliqué et surtout, je ne roulais pas à l'allure d’ex-pilotes de Six Days en préparation à leur prochaine participation au Roof!

Manquant cruellement d’entraînement, je hisse  mes vieux os sur la selle. Au moins, je ne suis pas encore en surpoids, et Tobi et moi, nous figurons parmi les plus jeunes participants; cela me rassure un peu. On y va! La sonorité de la KTM est grandiose! J’espère que le rythme du premier jour ne sera pas trop frénétique … Après pas même une minute, nous quittons déjà la caillasse et grimpons à travers les champs sur une verdoyante colline. Le grip sur cette verdure est hallucinant et je ne suis pas habitué à des enduros si puissantes et légères. Par contre, il est une chose que je sais: pour monter, faut de l’élan! Je tourne la poignée à fond et me lance dans cette paroi d’herbe. La compression est tellement forte qu’elle me renvoie d’abord dans la selle et après je m’agrippe tant bien que mal au guidon. Pour finir, je vois le cul de ma KTM virevolter en-dessus de moi. Un périlleux arrière après même pas une heure de terrain – ça commence bien!

Les dieux ont offert un démarreur à cette KTM, on continue! Je termine le reste de la journée à rouler en fin de peloton (ça sonne quand même mieux que dernier …). On s’en fout! Ce n’est pas encore terminé! Ni une ni deux, bang: un des Australiens, affublé d’un équipement bling bling, saute un talus sans savoir ce qui se trouve derrière. Pas malin en Afrique! Pas de bol, derrière le talus se cache un profond fossé pour un pipeline, raison du talus. Et tac! Un candidat de plus à l’arrière du groupe. Le rythme est soutenu, le niveau élevé et celui de mon adrénaline encore plus … je suis à bout de forces! Quelle journée!

 

 

Sympa, ils s’inquiètent tous que j’engage le bon rapport
Nous avons à nouveau énormément de chance avec la météo. Apparemment, lors de la dernière randonnée, c’était la canicule avec 40°C. Nous apprécions un ciel nuageux et 22°C ou en d’autres termes: un temps idéal pour l’enduro. Je décide à nouveau de rouler avec retenue. Mes huit cloques aux mains n’ont pas vraiment envie de se mesurer avec un Australien et mes courbatures approuvent mon choix. Aujourd’hui nous démarrons avec des traversées impossibles de rivières et des franchissements de rochers à hauteur d’homme. Rien qu’à pied, c’est déjà difficile. Mais nous avons Alfie avec nous. Je dois me ménager, préserver mes forces … Ai-je vraiment l’air aussi crevé? «Now go! Go, go, go!» crie-t-il aux autres participants et leur donne un coup de main où c'est nécessaire.

Une fois, dans un passage raide, il kicke sur mon levier de vitesses lorsque je suis à sa hauteur, et met le bon rappport. Exactement au bon endroit. Quelle délicate attention!

On n’est pas des lopettes!
Pluie! Je propose de faire le trajet du retour aujourd’hui déjà, afin de nous rendre à la prochaine station au lieu d’effectuer ce voyage demain. «No ways! We will ride in this!» tire Alfie au clair. Essai loupé! A mes cloques, mes courbatures et ma geule de bois due aux bières de la veille s’ajoute encore la pluie! Bon, je ne dois pas être le plus rapide. J’envisage de rebrousser chemin après une heure, mais les autres me convainquent de rester. Mes cloques sautent de joie! Alléluia! A nouveau, je me demande: pourquoi je fais ça? Mais lorsque je dépasse cinq ou six Australiens à un endroit hyper-difficile et que je suis pratiquement le seul apte à gravir cette montée en selle, ma joie est incommensurable. Pour une fois, fier aux côtés des autres grimpeurs, je peux aussi rigoler des pilotes qui, malgré trois tentatives, n’ont toujours pas réussi à monter. Le tour d’aujourd’hui est moins long. Il faut encore charger les motos. Demain nous allons à la ferme d’Alfie dans la région de Durban. Là où j’ai commencé à piloter des ULM.

Couronnement final: funride dans la vallée aux 1000 collines
Afin d’éviter au maximum le goudron, nous effectuons environ une demi-heure de trajet avec le bus et la remorque. Ceci à deux reprises sur les trois jours de moto. Nous roulons dans une immense zone forestière appartenant à un «Country Club». Ensuite nous contournons Pietermaritzburg, la prochaine grande ville. Le niveau est encore monté d’un cran, d’autres futurs participants au Roof ont rejoint notre groupe. Cette façon de rouler exige beaucoup d’effort, mais l’ambiance au sein de notre équipe est excellente. Alfie a le bon feeling et sent ce qu’il peut exiger de chaque pilote. Si la moto se noie dans une rivière ou qu’elle dégringole au bas d'un talus, un sourire s’esquisse sur son visage et il vient nous donner un coup de main. En aucun cas il nous reproche des griffures ou une quelconque «trace d’usure» sur les motos.

Le dernier jour devait être un funride. Une sortie pas trop pénible, une excursion plaisante nous emmenant dans la Valley of thousand Hills, où régnait autrefois une tribu de Zoulous. Le ­territoire d’Alfie est un paradis de ­l’offroad, et avec lui comme guide, chaque petit coin peut être exploré en enduro!

 

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