Quand le champion du monde de formule 1 Kimi «Iceman» Räikkönen s’accorde un instant de détente, c’est au guidon de son javelot noir dénommé Iceman. Nous avons tâté de la custom bike du Finlandais volant. Texte: Rolf Lüthi Photos: Fränzi Göggel, Lüthi
Tout en longueur et de noir mat vêtue, appuyée sur sa béquille latérale, voici Iceman la bien-nommée. La machine personnelle d’Iceman. Titré Iceman pour son apparente froideur d’expression, champion du monde de formule 1 nommé Kimi Räikkönen, dont les motos s’appellent aussi Iceman. Elles sont deux, toutes deux custom bikes, l’une en noir méchant, l’autre, l’Iceman 2, en rouge Ferrari mat. Comme Räikkönen habite à Wollerau SZ et fait exécuter l’entretien de son Iceman à Dietikon au Harley-Heaven de Felix et Rainer Βächli, nous avons eu l’occasion de piloter l’Iceman.
L’importateur suisse Walz, Bächli, s’est occupé des formalités d’usage et de la livraison: l’Iceman arbore une plaque d’immatriculation suisse. Lorsque la bécane lui a été remise par Rainer Bächli en juin 2006 à Wollerau, il y avait déjà une Ferrari dans le garage – bien que Räikkönen pilotait encore une McLaren Mercedes. Bächli fut donc un des premiers à savoir que Räikkönen passerait à Ferrari en 2007 – et en a bien sûr gardé le secret.
L’Iceman est une des 33 Walz Le Mans Grand Prix série limitée. L’Allemand Marcus Walz crée des custom bikes depuis 1993. Le cadre Le Mans permet une assise ultrabasse. La suspension arrière Legen-Air-Ride fonctionne, à l’instar de celle des Harley-Davidson Softail, avec deux amortisseurs couchés sous le moteur. Ceux-ci sont combinés à un régulateur de hauteur de la poupe par air comprimé.On peut rabaisser l’arrière pour des démarrages d’enfer ou pour conférer un look encore plus étiré, ou bien le rehausser pour augmenter un peu la garde au sol.
Räikkönen a opté pour un monobras oscillant à deux tubes d’acier à section circulaire. Ainsi que pour deux étriers à deux pistons arrière mordant un énorme disque de frein à monte externe. La fourche est une Öhlins traitée, carrément ce qu’il y a de meilleur dans le commerce. Deux étriers de frein à monte radiale et deux disques flottants équipent la roue avant fraisée dans la masse. Le pneu arrière arbore les dimensions 280/35-18.
Ce qui a exigé des sacrées transformations du côté de la transmission primaire. Afin de centrer ce pneu arrière hyperlarge – toute autre option serait impensable pour un constructeur sérieux –, il a fallu déporter la courroie crantée de 50 mm vers l’extérieur et à gauche pour la transmission arrière.
Cela entraîne des modifications pour un même déport de la boîte de vitesses, de l’embrayage et de l’entraînement primaire. Le moteur quant à lui est installé au beau milieu du châssis, avec une poulie déportée pour la courroie crantée de 60 mm entraînant l’embrayage. Comme le moteur développe davantage de couple que l’original, il a fallu contrer les forces de l’entraînement primaire par des renforts fraisés fort élaborés. A défaut de ceux-ci, le moteur menacerait de tordre l’arbre d’embrayage ou de concasser le roulement de l’axe de la boîte de vitesses.
Comme base moteur, on a opté pour un Twin Cam B (sans arbre d’équilibrage) de Harley-Davidson. Le spécialiste allemand du tuning G & R a pris en main le V2. La cylindrée a été gonflée à 1690 ccm, le reste demeurant secret. Au vu de l’énorme cylindrée répartie sur deux cylindres seulement, ces derniers affichant un angle pernicieux pour ce qui est des vibrations, nous ne pouvons que lever le chapeau devant un tel niveau de raffinement et d’harmonisation.
S’il n’est pas obligatoire d’être pilote de formule 1 pour se procurer un tel engin, il faut néanmoins bénéficier d’un compte en banque bien garni. «A partir de 100'000 balles», rétorque Bächli à notre question dans ce sens.
Jambe de froc battante
Cette custom bike n’est pas qu’esbroufe, elle roule aussi. Et Räikkönen s’en sert vraiment. L’an passé, il s’est rendu au GP de Monza et en est revenu au guidon de cette bécane. Lors du retour, il est tombé sur un contrôle de police au Gothard, et les pandores n’en ont d’abord pas cru leurs yeux: ils venaient de suivre l’épreuve de formule 1 à la télé et avaient vu Räikkönen sur le podium... et voilà que le pilote de cet engin pour le moins exotique était ce même Räikkönen.
Oui, et nous avons aussi roulé avec. C’est sous les regards anxieux de l’équipe à Bächli que je me suis installé sur cette moto. Il n’y a pas de clé de contact et hormis la poignée des gaz et les leviers d’embrayage et de frein (tous deux à commande hydraulique par cylindre à monte radiale), point d’autres commandes au guidon. Cachés au-dessus de la transmission primaire, on trouve trois basculeurs et un bouton pression.
L’un actionne l’allumage (un témoin lumineux rouge s’allume), le petit bouton argenté ordonne au démarreur de mettre en mouvement le V2 géant. Il fait tourner le moulin en geignant, l’entraînement primaire à ciel ouvert se met en branle, le moteur se réveille dans une explosion tout à fait sans gêne. Si l’on a par malheur oublié sa jambe à l’embouchure de l’échappement, le froc bat comme un drapeau dans la tempête. Un petit basculeur régit le code/longue portée, un autre permet de relever ou de rabaisser la poupe.^
L’embrayage sec sépare proprement, la première s’engage presque sans bruit. Le dragster démarre en louvoyant un peu. Comme je le constaterai plus tard, la tenue de route est meilleure avec la poupe rehaussée au max. Mais je dois toujours tenir fermement le guidon pour imposer les trajectoires. Bien que pas excessifs, les 280 mm du pneu arrière forcent à corriger la moindre rainure, et impossible de mettre la bête sur l’angle. On dirige la bécane à coup de vastes rayons en l’appuyant sur l’un et l’autre flancs de la gomme arrière. Ce qui prend du temps et beaucoup d’espace. La transmission primaire largement décentrée vers la gauche fait craindre une tendance à tirer vers la gauche, mais il n’en est rien.
Mais qu’avons-nous à nous perdre en considérations virageuses alors que la prochaine rectiligne attend sûrement. Le V2 à 45° l’avale dans un roulement de tonnerre en rugissant. L’automobiliste qui me collait dans le rond-point est phagocyté par le rétroviseur.
Pourtant, je n’ai pas poussé le moteur à fond, jamais je n’oserais avec un engin appartenant à un champion du monde de formule 1, je n’ai tiré que quelques secondes sur le boisseau plat de 42 mm du carbu Mikuni. Ce fut un instant bref, mais aussi émotionnel que hautement illégal.
Motocross, snowboard, jogging, fitness, hockey sur glace
PalmarÈs
1988 à 1999 Courses kart
1999 premières courses auto (formule Renault, formule Ford)
2000 Champion d’Angleterre formule Renault, test F1 Sauber Petronas
2001 F1 Sauber Petronas, 10e rang
2002 à 2006 F1 McLaren Mercedes, vice-champion du monde 2003
2007 F1 Ferrari, champion du monde
Lorsque Peter Sauber attira Räikkönen en F1, ce dernier n’avait encore disputé que 23 courses auto. Sauber essuya des critiques, Räikkönen n’obtint la superlicence qu’à l’essai pour 4 courses, et cloua le bec aux jaseurs en marquant des points dès son coup d’envoi.