Nous sommes une bande d’amis de Suisse alémanique avec chacun sa biographie particulière, mais avons tous une passion commune: les vieilles Harley. Et partageons aussi un certain penchant pour l’aventure, une saine insouciance envers ce qui nous attend, une bonne dose de dextérité outils en main, aucun complexe quant aux ongles provisoirement bordés de noir – suivis de séances de savon abrasif ainsi que, solidarité oblige, l’affiliation au «Harley Indian Club Schweiz» (H.I.C.S), le club qui propose un havre commun à nos semblables. Vieille ferraille Par «vieilles Harley», nous entendons celles à fourche sautillante Springer aux ressorts externes, au bras «oscillant» rigide, embrayage au pied et sélecteur à force du biceps. Et bien sûr avec la fameuse selle en oreilles d’éléphant. Bref, moulant chaque paire de fesses quelle que soit sa rondeur ou son état de fermeté. La plus ancienne Harley du voyage était celle de Roberto, une Flathead 1936 VL jaugeant 74 «cubic-inches» (1213 cm3). Il y en avait un peu de tous les genres, variant de par les caractères ou la cylindrée du moteur, par leur boîte de vitesses, les deux Knuckle-Head dotées de quatre rapports, les autres de trois seulement, deux d’entre elles disposant même d’une marche arrière. Nos montures sont toutes restaurées sur le plan du look aussi bien que de la mécanique. La seule à afficher son âge par une certaine patine de son laqué est la VL de 1936, Roberto l’ayant jusqu’à ce jour défendue avec succès contre la mainmise d’êtres intitulés tôliers en carrosserie. Route des Grandes Alpes Cette année, nous avons opté pour la Route des Grandes Alpes, après plusieurs sorties dans les Dolomites ces dernières années. Moment fatidique de la mise en branle: dimanche 27 août. Nous avons vibré sur des petites routes secondaires jusqu’au Valais pour rallier la Haute-Savoie en passant par Monthey. Première nuitée à La Clusaz, point de corde de notre itinéraire de vacances. La Route des Grandes Alpes se faufile le long de la frontière franco-italienne, partant d’Annecy pour replonger sur Nice. Nous avons décidé de suivre un itinéraire en boucle, dont le site le plus méridional serait le Parc National du Mercantour. De nombreux tronçons doivent leur renommée au Tour de France cycliste. Le but de notre première journée était donc l’Alpe-d’Huez. Mais la visite de l’Alpe tourna court, d’une part faute à la pluie, d’autre part au vu de la monstruosité de certains excès architecturaux. Nous avons donc passé la nuit au centre du Bourg-d’Oisans au pied de l’Alpe. Le chef nous a permis d’abriter nos motos dans son jardin gravillonné, mais il fallait d’abord en franchir le seuil. Cette marche mouillée et glissante a été fatale à votre plumitif, qui a plutôt volé que roulé pour se retrouver à plat-ventre dans la pierraille. Merci à l’embrayage-suicide de triste réputation... Le lendemain, nous avons derechef repris l’ascension de l’Alpe-d'Huez. Pas vraiment pour revoir l’Alpe, mais plutôt pour le tronçon partant de là vers l’arrière-pays. La ronde passant par Mizoen fut un des plus beaux moments de notre itinéraire circulaire. Suivi d’un autre d’ailleurs: celui par les petites routes de Barcelonnette en traversant le Parc National par le Col de la Cayolle et Valberg. Le franchissement du Col d’Izoard a quand même traîné en longueur. A l’occasion d’un de nos arrêts photo, il s’est présenté un tableau superbe, nos sculptures de ferraille se découpant dans la chaîne de montagnes à la lueur du crépuscule. Nous avons tardé à repartir, une des Knuckle-Head soudain privée de courant. Problème maîtrisé en un tournemain, n’eut été ce froid glacial tombant sur la montagne dès le coucher du soleil. Refuge Napoléon, Col d’Izoard C’est donc transis de froid que nous avons rallié le Refuge Napoléon sur le Col d’Izoard perché à 2300 m d’altitude. Refuge si agréable, simple et soigné dans le détail qu’on en redemande déjà. Le lendemain, nous avons poursuivi vers le nord, direction Col du Galibier. Ses lacets sont bien aménagés, le coup d’œil est impressionnant, bref, un vrai régal. Plus encore pour les frotte-genoux que pour les râcleurs de marchepieds. Plus au nord, nous sommes passés par Modane pour escalader le Col de l’Iséran et plonger dans le Val d’Isère, haut-lieu du ski ayant su préserver son cachet. A Bourg-St-Maurice, nous avons bifurqué à droite direction des Chapieux. Où nous avons passé la nuit dans l’auberge du lieu, entourés d’innombrables pigeons voyageurs à chaussettes rouges et godasses blindées. Je dis bien pigeons et pas chouettes, puisque le restaurant a éteint ses fourneaux à 22h, suivi du couvre-feu à 22 h 30, ce qui nous a surpris.
Par contre, on a sonné la diane à 6h du matin, suivie d’un invraisemblable brouhaha dans les corridors. Comme quoi, le monde appartient aux lève-tôt. Presque comme les nains de Blanche-Neige: Aï ho, aï ho, nous allons au... Ma foi, il a bien fallu nous y soumettre: plus de petit-déjeuner après 8 h. Bon gré, mal gré, nous lever de bonne heure nous a tout de même valu de beaux coups d’œil, tel celui sur le Mont-Blanc, sur le Lac de Roselend, tout au long de la route panoramique. Etre ou ne pas être au courant... ... telle était la question la plus lancinante pour garder en mouvement nos montures ancestrales. Car nous savions que le point faible était leur système électrique. Ruptures de pôles de batterie et de régulateur suite aux vibrations, connexions effilées, vis platinées engourdies, bougies claquées, rien ne pouvait nous surprendre. Rester en rade suite à une panne de courant était jusqu’alors chose courante à chaque sortie. Nous avons donc bourré nos sacoches en conséquence : batterie de rechange, chargeur 6/12 volts, bougies de rechange, ampoules, fusibles, régulateurs, fil électrique, bande isolante, vis et boulons, Loctite et bien sûr l’outillage. Sans oublier l’additif pour sans-plomb et l’huile (W 50), consommée à raison de 3 l /1000 km par la plus gourmande. Nous traversons les paysage à l’allure raisonnable de 90 km/h environ. Pas foudroyant certes, mais nous retrouvons le soir les motards déjà rencontrés le matin, plus riches en km, mais moins détendus. Notre vertu majeure réside en notre endurance. On est tellement à l’aise, malgré la suspension rigide, qu’il ne viendrait à l’idée de personne de descendre de moto sans motif. Vous avez dit motif? Ben, le maintien de la balance des liquides, la panne électrique, l’arrêt photo, bref, tout plein…
Infos de voyage Route des Grandes Alpes - Durée / distance 6 jours, 2 000 km environ de Bâle
- Etapes principales Suisse - La Clusaz, Albertville, Le Bourg-d’Oisans, La Mure, Gap, Barcelonnette, Guillestre, Briançon, St-Michel-de-Maurienne, Val-d’Isère, Bourg-St-Maurice, Beaufort, St-Gervais-Les-Bains - Suisse.
Accès Depuis Bâle - Oberer Hauenstein, Langenthal, Berthoud, Zweisimmen, Col des Mosses, Monthey, Pas de Morgins. - Formalités douanières Aucune.
Monnaie Quelque 1100 francs par personne. - Logis Hôtels simples, en chambre double voire triple, petit-déjeuner compris.
- Guide Guide et Guide Vert Michelin.
- A voir absolument Col de Sarenne, Barcelonnette, Col de Fours, Col de la Cayolle, région du Lac de Roselend.
- Réservations Uniquement nécessaires au Refuge Napoléon, au Col d’Izoard.
- Cartographie Alpine roads, Kümmerli+Frey, 1:800 000.
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