Bon Vent

Visite eclair au cap (ZA)

L’été retrouvé


 

20.11.2004 00:00 (Texte et photos: Jean Mesnil)

Par la bise glaciale terrorisant l’hémisphère nord, quoi de plus ravigotant que de s’enfuir à tire-d’aile «sous la boule» terrestre où règne l’été? Nous avons profité de la présentation de la Yamaha MT-01 (voir p. 4) pour explorer en une visite éclair un concentré de ce qu’offre la luisante péninsule du Cap tout en bas de l’Afrique du Sud.

Nous l’avions promis – à nous-mêmes avant tout – nous y reviendrions, dans cette Afrique du Sud rutilante, savoureuse, bariolée et accueillante (voir MSS 4/2002), après avoir entrevu mille merveilles en si peu de jours de stage professionnel. Et voici que l’occasion se présente à nouveau, aussi rare que précieuse: Yamaha convie la presse spécialisée à marteler cette pointe de l’hémisphère sud à coups de son dernier-né au gros V2.

Quel chaleureux début d’été!
Ce qui frappe à nouveau est l’éclat de la lumière ambiante, rappelant celle qui rège en plein été à travers les pays nordiques. Atmosphère cristalline des bords de mer loin des zones industrialisées et polluantes. Le minibus qui nous transfère de l’aéroport vers la cité maritime en contournant le massif de la Table qui sépare le luxe débordant de la misère des townships toujours aussi étendus, s’agrippe rageusement à la bande de dépassement de l’autoroute, sans parvenir toutefois à nous inoculer son stress. Car dans notre esprit encore tout endolori par douze longues heures à l’état de sardines comprimées dans le bas-ventre de l’immense Jumbo Jet, la piste de droite, c’est encore celle des rampeurs raisonnables…

Flore écarlate, oiseaux criards
La cité proprette baigne dans la lumière, les pieds dans une abondance de parcs crépitant virtuellement de l’éclat de mille fleurs plus rutilantes les unes que les autres. C’est que nous sommes à la fin du printemps, à l’amorce de l’été. Une brise rafraîchissante rend supportables les rayons d’un soleil qui semble ici permanent et dévie le vol de gros bourdons écarlates, les contraignant à d’interminables manœu-vres d’atterrissage parmi les corol-les presque tentaculaires des fleurs omniprésentes. Des vols d’étourneaux à l’accent bien de chez nous brassent le feuillage d’arbres gigantesques, des petits corvidés bleus, cobalt et vert d’émeraude sifflent de manière presque indécente entre les écailles géantes de palmiers aux troncs piquant droit dans le ciel comme des traînées de fusées. Ça et là, une bande de mouettes mêle ses invectives ricaneuses au fond de ronronnement du trafic estompé par la densité de la végétation des parcs. Une sensation de paradis m’envahit – je n’ose imaginer comme il fera froid dans le silence mortel de notre ciel hivernal à notre retour…

Rush sur le «Waterfront»
Au pied de la cité pentue, les jetées du port embrassent la mer comme un enfant à bras ouverts, quais bordés de vaisseaux d’un luxe exubérant et animés par des groupes de tambourins au rythme effréné, le tout sous les terrasses bondées de gens souriants pour la plupart, où le personnel noir tout affairé se distingue des vacanciers blancs oisifs par son zèle au travail.

Excellente proposition d’un Néerlandais sans doute marin de l’équipe d’accueil Yamaha: une virée vespérale sur un petit voilier au large des côtes qui s’émaillent de miriades de lumières à mesure que s’accentue le crépuscule. Après une pichenette d’un diesel toussotant jusqu’aux confins de l’enceinte du port, le vent du large, glacial et revigorant à la fois, s’empare des voiles et nous propulse dans un glissement fantomatique au-delà de la baie animée. Le temps de faire péter quelques bouchons de mousseux du coin – acariâtre comparé aux sublimes crus de la région – en l’honneur du trentième de notre guide grison de la maison de Sursee, et c’est un silence presque céleste sous la voûte étoilée. Occasion rare d’é-pier un banc de phoques et l’aileron d’une baleine contre l’horizon argenté, tout en se rappelant que ça pullule de requins par ici. Au retour, nos estomacs émoustillés par tant de fraîcheur crient famine. C’est l’heure de nous ruer à notre tour dans cette marée de chaises et de tables sur les terrasses en plusieurs étages. Ça fleure si bon les grillades! La carte de menu est si diversifiée qu’on aurait le temps de mourir de faim avant de la parcourir tout entière: crocodile, antilope, phaco, hylo ou potamochère, springbock noir ou cousin pâle, grand coudou ou petit poisson, de quoi remplir un zoo si ça bougeait encore. le tout à des prix modiques, au vu des monceaux fumants nappés de sauce qui émergent des assiettes environnantes. Mais pas d’excès: faudra encore pouvoir ramener ses genoux en direction du nombril pour enfourcher les bécanes le lendemain!

Le premier safari
Après une mémorable journée de catapulte V2 – voyez le compte-rendu en début de ce numéro et la carte ci-contre – un minibus (encore un!) nous intercepte à la sortie de l’hôtel pour filer, scotché vous l’avez deviné à la piste de droite de l’autoroute, vers l’intérieur du pays cette fois-ci. Sorties don ne sait où, des montagnes de basalte noires et friables nous menacent de mille avalanches du haut de leurs flancs encaissés. Enfin extraits des masses d’éboulis bordant la route devenue sinueuse 120 km plus loin, nous franchissons un portique à cmmande numérique s’ouvrant sur un territoire caillouteux et tourmenté de 9000 ha: Fairy Glen, un tout jeune parc d’initiation aux futurs «vrais» safaris à des milliers de km de là, au centre des terres. Après quelques soubresauts du 4¥4 découvert, à la recherche de sieur rhinocéros, nous voilà nez à nez avec le mastodonte ébahi, qui nous présente bientôt non sa corne redoutable, mais son postérieur bondé de muscles. La girafe solitaire semble s’attacher à notre présence, les zèbres se méfient davantage, tandis que les trois lions âgés de sept mois nous jaugent ostensiblement pour plus tard, bien qu’ayant déjà la taille d’un gros chien-loup. Le dépaysement est total, nous respirons à grands traits cette atmosphère brûlante de soleil avant de marquer une pause repas au bord de la piscine du petit hôtel en plein milieu du parc. Ça alors, on y reviendra à coup sûr, voir si les lions nous reconnaissent…

Edition MOTO SPORT SUISSE 23/2004

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