Test et technique
Essai Suzuki Gladius
12.03.2009 00:00
Au plus fort de la bataille, quand la mêlée limitait la liberté de mouvements, les Romains sortaient leur épée à deux tranchants, le glaive, «gladius» en latin. Aujourdhui, la Suzuki Gladius constitue un argument irrévocable pour affronter la jungle urbaine. Texte: Daniel Riesen Photos: Markus Jahn
Laissons-nous inspirer par la vidéo publicitaire de la nouvelle Suzuki Gladius. Elle met en scène une jeune femme, un jeune homme et un ordinateur. Il fait du sport, elle va faire du shopping avec des amies. Ils sont beaux. Et ils roulent à moto. Le soir, il y a une party. Au bord dune piscine. Il et elle se rapprochent, la Gladius y est pour quelque chose.
Il y a vingt ans, on aurait appelé «yuppies» les clients potentiels de la Suzuki SFV650 Gladius, puisque telle est son appellation complète.
De jeunes citadins avec de largent plein les poches. Il y a dix ans, Suzuki proposa la SV650, une moto de moyenne cylindrée polyvalente, animée par un moteur quelque peu insolite pour une japonaise, un bicylindre en V. Aujourdhui, la génération Facebook a adopté la nouvelle version. La Gladius est en quelque sorte la SV650 2.0.
Ou même la version 3.0, car la SV existait tout dabord avec un cadre tubulaire avant que la mode ne soit aux tubes à section carrée dotés de pièces plastiques pour arrondir les angles.
Mais la Gladius est revenue au cadre à treillis tubulaire, des tubes ronds peints en bleu, bronze ou noir selon les versions. Il y a longtemps que Ducati utilise le cadre pour une savante mise en scène. De ce fait, la Gladius peut être considérée comme une réponse à la Monster 696.
Une moto qui ratisse large
La Suzuki Gladius est une moto de classe moyenne tant par son prix que par ses performances. Dans ce domaine, les constructeurs essaient de faire dune pierre deux coups. Ces machines doivent être faciles à conduire afin de ne pas rebuter les débutants, mais aussi procurer du plaisir aux motards plus expérimentés. Et, dans ce domaine, la Gladius dispose dun argument de poids par rapport à la concurrence des Honda CBF600 et Yamaha XJ6, mais aussi à linterne, face à la Suzuki Bandit 650: son moteur bicylindre.
A cylindrée égale, un twin délivre moins de puissance maximale mais compense cela par des reprises bien plus vigoureuses aux régimes intermédiaires. Cette règle sapplique aussi à la Gladius, au guidon de laquelle on peut fort bien risquer un dépassement à 4000 tr/min là où une quatre-cylindres aurait besoin de beaucoup plus délan au même régime. La poussée est là, et aussi le son.
Partant du moteur de la SV 650, Suzuki na pas eu à corriger des points faibles (il ny en avait pratiquement pas), mais plutôt à exploiter les points forts. Linertie du vilebrequin a donc été augmentée, de 5 à 10% selon les indications divergentes de Suzuki. Cela a pour effet de réduire considérablement le risque de caler au démarrage, la Gladius se met en mouvement même moteur au ralenti. Cest très bien pour les débutants.
Dautre part, le V2 na rien perdu de sa puissance maximale (grâce à un pot déchappement de plus gros volume et à une levée de soupapes augmentée) et donne toujours la même impression de vivacité. Il prend les gaz sans problème dans le grondement typique du V2, mais pas à la perfection. Le léger temps de réaction aux sollicitations de la poignée des gaz se traduit par un petit à-coup perceptible surtout en première et en deuxième.
Le revers de la médaille de cette caractéristique moteur, cest quil ne se passe pas grand-chose à bas régime. Il faut au moins 2500 tr/min sur les rapports inférieurs et 3000 sur les rapports supérieurs pour que ça reparte sans broncher. A lautre extrémité de la plage de régimes, au-dessus de 6500tr/min, les vibrations deviennent nettement perceptibles. Mais elles ne sont gênantes quen cas de longues étapes autoroutières menées tambour battant. Aux vitesses autorisées en Suisse, en sixième, on reste bien en deçà.
La vidéo publicitaire de Suzuki (motosport.ch, Vidéos) suggère que la Gladius est une machine agréable à piloter en ville. Cela implique quil faut constamment débrayer et changer de vitesse. Et il est vrai que la Gladius se prête bien à cet exercice, même pour une main féminine, grâce à une poignée dembrayage nexigeant que peu deffort. Lors des premiers contacts avec la moto, nous avons apprécié laffichage au tableau de bord du rapport engagé.
Les qualités décrites seraient peu utiles aux débutants et aux petits gabarits si cette machine était grosse et lourde. Mais la Suzuki SFV650 na pas été baptisée Gladius pour rien. De plus, la Gladius est basse. Abstraction faite des choppers, peu de machines sont aussi faciles à enfourcher.
Pratique, idéale au quotidien
Une fois enfourchée, la Gladius est un bienfait pour les motards et motardes de petit gabarit. La selle bicolore est non seulement basse, elle est également étroite. A lintention des échassiers et autres girafes, Suzuki propose en option une selle rehaussée de 20mm. Elle est mieux rembourrée que la spartiate selle standard et favorise un angle de genou confortable. La selle du passager est assez ferme aussi.
La Gladius est donc plus une sprinteuse quune moto dendurance, dautant plus que les poignées sont bien positionnées. Et labsence de crochets à bagages nempêche pas le montage dune sacoche à larrière.
Le pilote de la Gladius est confortablement installé dans le style classique des roadsters, derrière un guidon pas trop large. Le buste assez redressé, il a une vue dominante sur le trafic et voit bien aussi ce qui se passe derrière lui grâce à des rétroviseurs bien dimensionnés et dont limage nest que peu brouillée par les vibrations. Autre remarque positive: la semelle de la béquille latérale est suffisamment large pour que la machine puisse être garée dans lherbe ou les accotements meubles sans trop de risques.
La Gladius réussit donc avec bravoure le test dutilisation au quotidien. Mais le plaisir est aussi au rendez-vous. Le moteur y contribue pour une bonne part et la partie-cycle nest pas en reste. Côté géométrie, Suzuki a trouvé le bon compromis. Trop agile, la machine serait déroutante pour les débutants. Et trop placide, elle ne serait pas aussi amusante à piloter.
La souplesse du glaive
Suzuki a recherché le juste milieu également en ce qui concerne les tarages de suspensions. A cet égard, la Gladius privilégie nettement le confort. Elle est parfaitement pilotable, mais il y a des limites. Pas de problème tant que lon roule aux vitesses autorisées, sur les routes la plupart du temps parfaitement entretenues de Fuerteventura (lire également la page ci-contre).
Le glaive romain est difficile à prendre en défaut. Mais en franchissant à bonne allure ce qui doit être le seul virage de lîle produisant une forte compression, larrière de la machine devient aussi instable que quand on accélère trop franchement en sortie de courbe. Et si lon trouve un virage au revêtement irrégulier, lamortissement trop souple de la fourche provoque aussi une légère instabilité. La précision en pâtit un peu, mais on reste encore largement dans le vert. Dautant plus que la souplesse des suspensions améliore le confort.
Avec son amortissement souple, la fourche est facilement sur les genoux en cas de freinage trop appuyé. Mais les étriers à double piston du frein avant entrent en action avec circonspection et sans que le point de contact soit clairement défini. Ce que regretteront sans doute les motards expérimentés. Cest aussi à ça quon remarque que Suzuki a voulu faire les yeux doux aux débutants. On peut sattendre à ce que la version ABS, qui ne sera hélas livrable que cet été, soit réglée de façon un peu plus pointue.
Contrairement à sa devancière, la SV650, la Suzuki Gladius est proposée exclusivement sans carénage, son équipage au vent... en poupe. Mais lacheteur a le choix entre quatre couleurs attrayantes. Dans la vidéo publicitaire, lhomme opte pour le bleu et la femme pour le rouge. Mais ce choix nest pas obligatoire.
Bilan
On peut traiter la Suzuki Gladius de SV650 embellie. Dans le sens dun compliment, car le vivifiant roadster bicylindre mavait déjà beaucoup plu lors de son lancement en 1999. La Gladius représente lalternative pimentée aux autres moyennes cylindrées de la gamme Suzuki, telles que la Bandit 650 quatre cylindres au caractère souverainement tranquille.
D'autres photos et technique:







En un coup d'oeil
(meilleure note: 5 pts, plus mauvaise note: 1 point)
| En ville | 4 points |
| Grande virée | 2 points |
| Pilotage sportif | 3 points |
| Utilisation en duo | 2 points |
| Palpitations | 3 points |
Fiche technique Suzuki SFV 650 Gladius
Moteur
| Genre | V2 à 90° quadrisoupape liquide longitudinal. |
| Distribution | Deux arbres à cames en tête (DACT) entraînés par chaîne. Angle total soupapes 30°. |
| Alésage x course | 81×62,6 mm |
| Cylindrée totale | 645 ccm |
| Rapport de compression | 11,5:1 |
| Carburation | Gestion électronique du moteur avec injection dessence, deux papillons par cylindre et double allumage électronique CDI. |
| ø papillons | 39 mm |
| ø soupapes: admission/échappement | |
| Lubrification | Lubrification à carter humide, radiatur dhuile. |
| Echappement | Echappement 2-1-2 et catalyseur triple effet. |
| Démarreur | Démarreur électrique. |
Performances
| Pussance maxi | 72 ch (53 kW) à 8400tr/min |
| Couple maxi | 5,6 mkg (55 Nm) à 6400tr/min |
| V-max. |
Transmission
| Embrayage | Entraînement primaire par pignons. Embrayage multidisque dans bain dhuile à commande mécanique. |
| Vitesses | Boîte six vitesses. |
| Transmission finale | Transmission finale par chaîne à joints toriques. |
Partie-cycle
| Cadre | Cadre pont en treillis tubulaire dacier. |
| Suspension avant | Fourche télescopique conventionnelle, réglable en précontrainte de ressort |
| ø tubes de plongée | 41 mm |
| Suspension arrière | bras oscillant bilatéral acier, amortisseur central à biellettes, réglable en précontrainte de ressort |
| Débattement avant/arrière | 125 mm / 130 mm |
Roues
| Genre | Jantes en fonte dalliage léger; pneus tubeless à cracasse radiale Dunlop Qualifier. |
| Jante avant | MT 3.50×17 |
| arrière | MT 5.00×17 |
| Pneu avant | 120/70 ZR 17 |
| arrière | 160/60 ZR 17 |
Freins
| Frein avant | Tokico. Double disque (290 mm) acier semi-flottant et étriers double piston à lavant |
| Frein arrière | simple disque (240 mm) et étrier monopiston à larrière. |
| ABS | oui, possible |
Dimensions et poids
| Empattement | 1445 mm |
| Angle de chasse | 65° |
| Chasse | 106 mm |
| Poids tous pleins faits | 202 kg |
| Hauteur de selle | 785 mm |
| Capacité essence | 14,5 l |
Teintes
| noire | |
| bleue | |
| rouge | |
| verte |
Prix, disponible dès, importateur
| Prix | Fr. 10595. TTC; dès lété avec ABS, prix à voir |
| Disponible dès | maintenant |
| Importateur | Frankonia AG, 8048 Zurich |
Autres, remarques
| Remarque | Egalement disponible en version 25 kW/34 ch. |
Concurrents
| Aprilia Shiver 750 |
| ev. Benelli TNT 899; Moto Guzzi Breva 750, |
| Ducati 696 Monster |
| Honda Hornet 600 |
| KTM 690 Duke |
| Kawasaki ER-6n |
| Suzuki SV 650; Suzuki GSR 600 |
| Triumph Street Triple |
| Yamaha FZ6; Yamaha XJ6 |






























