Test et technique
Essai: Kawasaki ZX-6R Ninja
05.01.2009 00:00
Il y a deux ans, la marque japonaise avait rendu sa supersportive superstable et lourde. La nouvelle ZX-6R a perdu dix kilos et gagné en agilité. Texte: Daniel Riesen Photos: usine
Lheure de vérité sonne à la fin de la rectiligne dAutopolis, circuit dessais de Kawasaki. Le compteur affiche un bon 240, le panneau des 200 m est passé, jai le sentiment davoir déjà dépassé le point de freinage. Mais lexcellent dosage des freins permet de récupérer la situation et lembrayage à friction empêche la roue arrière de perdre ladhérence, tandis que je rétrograde quatre rapports. Mais comme ce virage à droite, qui paraît facile de prime abord, est en dévers et plonge légèrement, il exige un certain courage et mobilise presque toute lattention.
Pour peu, on naurait même pas remarqué quelque chose dinhabituel dans la zone de freinage: la fourche ne plonge pratiquement pas et le transfert de charge est à peine perceptible. Que se passe-t-il? Lamortissement en compression est-il réglé au max?
Pas du tout. Tous les réglages de suspension sont en position intermédiaire. Cest plutôt la fourche Showa Big Piston Fork (BPF) qui est responsable de cet état de fait. Le diamètre du piston damortisseur a pu être augmenté, car la cartouche habituelle a été supprimée. Le piston coulisse directement dans le tube.
Il mesure 20 mm de diamètre dans une fourche à cartouche comparable, mais 37 mm dans la BPF. Vu que sa section est à peu près 3,5 fois plus grande, il a besoin de moins de pression pour une même force damortissement. Les soupapes sont dimensionnées en conséquence et se règlent plus finement. Les avantages: une meilleure réponse et moins de plongée au freinage. Et aussi, lors de la détente produite par laccélération, une roue avant plus stable.
Video:
Plus aucun kilo superflu
On ne sest évidemment pas contenté dacheter une nouvelle fourche chez Showa pour en équiper la ZX-6R. La machine totalement nouvelle dil y a deux ans était certes une réussite elle sest classée 2e lors du supertest SWA au printemps , mais le facteur poids, si important dans cette classe, avait été un peu négligé. Accusant 201 kg tous pleins faits, elle était plus lourde que toutes ses concurrentes. Elle en a perdu dix selon Kawasaki. Trois au niveau du moteur et sept dans la partie-cycle. La fourche BPF y contribue modestement, puisque léconomie de composants a permis de gagner 370 g.
Ce régime minceur nétait pas un but en soi. Si la stabilité de la ZX-6R ne faisait aucun doute après le remaniement de 2007, on ne pouvait pas en dire autant de la maniabilité. La Kawa était la 600-cm3 la plus «physique» du plateau. Elle a beaucoup évolué dans ce domaine, acceptant sans broncher les corrections de trajectoire, se balançant sans effort dun angle sur lautre et changeant de cap avec une aisance perceptible surtout quand on roule décontracté.
Il ny a que lors des freinages sur langle que la Kawa supersport continue de faire de la résistance. Mais elle décrit des trajectoires au cordeau et procure un retour dinfos très sécurisant. Les nouveaux Bridgestone BT003 montés pour le test y sont sans doute pour quelque chose. Dorigine, la machine est montée en sport BT 016.
Mais le gain de maniabilité de la ZX-6R
nest pas dû quà lallégement de la machine. Kawasaki a mis en uvre un «paquet» de mesures, comme on dit en français fédéral. A commencer par une fourche plus droite, donc présentant une chasse réduite, et un centre de gravité relevé de 16 mm en augmentant linclinaison du quatre-cylindres en ligne. De plus, léchappement ne passe plus sous la partie arrière. Le silencieux est blotti désormais sur le côté, tout contre la machine.
Loptimisation de la partie-cycle a visé surtout à améliorer lagilité et le retour dinformations. La rigidité a été accrue au niveau de la tête de fourche et du point darticulation du bras oscillant, mais la flexibilité latérale a été augmentée dans la zone médiane. Les essayeurs auraient pu choisir entre plusieurs variantes de cadres, explique le chef de projet Okabe.
Commode à enfourcher
Les améliorations de détail dans le domaine de lergonomie contribuent aussi à accroître le sentiment de légèreté. Le réservoir sest affiné, ce qui permet une meilleure intégration. Exprimé de manière plus triviale, le pilote nest plus installé comme une grenouille, les jambes écartées. Les genoux trouvent un meilleur appui au freinage et, dans les virages, le bras extérieur appuyé sur le réservoir en obtient un meilleur retour dinformations.
Un amortisseur de direction
Les guidons bracelets tournés plus à lintérieur font également partie des améliorations ergonomiques. Cette disposition est idéale sur circuit, mais elle complique la manuvre dans les virages serrés. Un essai réalisé exclusivement sur circuit ne permet guère de faire dobservations relatives à une utilisation quotidienne. Mais le slalom effectué à faible allure dans lallée des boxes montre que lamortisseur de direction réglable les 600 Kawa en étaient dépourvues jusquici nest pas vraiment gênant.
Par contre, il stabilise lavant de la machine sur une bosse à gauche franchie en détente. Les motards qui se tirent la bourre sur route devraient aussi profiter de cet amortisseur de direction.
Cest également sur route que le couple relativement creux de lancienne ZX-6R se remarquait le plus. Triumph et Honda, pour ne citer que ces deux concurrents, misent sur une courbe de couple bien remplie aux régimes intermédiaires. Les motoristes de Kawasaki sy sont employés aussi. Typiquement, les courbes de couple des moteurs à quatre cylindres présentent deux bosses, lune à bas régime et lautre à régime moyen.
Cest dû essentiellement aux différences de pression dans le conduit dadmission en fonction du régime, un phénomène accentué par des moteurs de plus en plus supercarrés. Depuis des années, les constructeurs tentent de contourner ce problème au moyen dun papillon secondaire. Plus récemment, MV Agusta, Yamaha et dernièrement Aprilia ont aussi eu recours à des entonnoirs mobiles de longueur variable.
Air contre les bosses de couple
Chez Kawasaki, on a mis en application un truc relativement simple. Les entonnoirs dadmission situés sur les corps de papillon toujours différents pour les paires de cylindres intérieurs et extérieurs ont deux ouvertures. Leur forme est telle que les oscillations de résonance de la colonne dair sont compensées en grande partie par linteraction du papillon secondaire de forme ovale. Le remplissage des cylindres est plus régulier et les bosses de couple sont aplanies.
Voilà pour la théorie. Car en pratique, il faut au moins 8000 tr/min pour que le petit quatre-cylindres pousse de manière utilisable. Plus quavant? Difficile à dire sans comparaison directe. Un indice parle en faveur dune amélioration: Autopolis se situe à près de 1000 mètres. Or nous nous attendions à un peu moins de brio à cette altitude.
Le moteur est censé donner davantage sur toute sa plage de régimes, pour une puissance maximale augmentée de 3 ch. A hauts régimes, le quatre-cylindres est aussi vif quauparavant. En un clin dil, la ZR-6R entre dans la zone rouge du compte-tours sur les rapports intermédiaires, mais la réserve de surrégime est telle que lon ne parvient pratiquement jamais involontairement au rupteur.
Comme précédemment, le moteur Kawasaki prend finement les gaz et les vibrations restent discrètes. On ne peut pas en dire autant sur le plan acoustique, car la ZX-6R est devenue presque aussi bruyante que la Yamaha R6, ce qui nest pas peu dire. Cest peut-être secondaire sur circuit, mais ça incite à une certaine retenue sur la route.
Un nouveau visage
Rien à redire côté performances. On sait cependant que le critère esthétique est important dans la vente de motos sportives. Kawasaki a également fait un petit pas dans ce domaine: la nouvelle ZX-6R est plus fine et tranchante, et le drôle de phare en forme de goutte deau a également été abandonné. La 600 fait désormais penser davantage à la ZX-10R, mais, heureusement, sans ces agaçants clignotants intégrés aux rétroviseurs.
Bilan
La ZX-6R comptait déjà parmi le gratin de sa catégorie. Voici quon a limé ses petits défauts de manière ciblée. Assez pour mener le bal? Difficile à savoir, car la concurrence ne dort pas non plus. Les progrès tels que la plus grande agilité sont également appréciés par les usagers sur route qui, ne loublions pas, forment le gros des acquéreurs de ces bolides de course.


En un coup d'oeil
(meilleure note: 5 pts, plus mauvaise note: 1 point)
| En ville | 2 points |
| Grande virée | 2 points |
| Pilotage sportif | 5 points |
| Utilisation en duo | 1 points |
| Palpitations | 4 ,points |
Fiche technique Kawasaki ZX-6R
Moteur
| Genre | Quatre-cylindres quadrisoupape en ligne liquide transversal. |
| Distribution | Deux arbres à cames en tête (DACT) entraînés par chaîne, poussoirs en godet. |
| Alésage x course | 67×42,5 mm |
| Cylindrée totale | 599 ccm |
| Rapport de compression | 13,1:1 |
| Carburation | Gestion digitale du moteur, allumage cartographique; injection dessence dans les canaux daspi Keihin, 2 gicleurs et 2 papillons (primaire rond et secondaire ovale) par cylindre. |
| ø papillons | 38 mm |
| ø soupapes: admission/échappement | |
| Lubrification | Lubrification à carter humide. |
| Echappement | Echappement 4-2-1 avec catalyseur et clapet dans le silencieux terminal. |
| Démarreur | Démarreur électrique |
Performances
| Pussance maxi | 128 ch (94 kW) à 14'000tr/min avec Ram Air: 134 ch (98,5 kW) |
| Couple maxi | 6,8 mkg (67 Nm) à 11'800tr/min |
| V-max. | - |
Transmission
| Embrayage | Entraînement primaire par pignons. Embrayage multidisque dans bain dhuile à commande mécanique, système antirebond. |
| Vitesses | Boîte six vitesses |
| Transmission finale | transmission finale par chaîne à joints toriques |
Partie-cycle
| Cadre | Cadre pont diagonal alu; faux-cadre arrière alu démontable. |
| Suspension avant | Fourche télescopique inversée Showa, réglable en précontrainte de ressort ainsi quà la détente et à la compression. |
| ø tubes de plongée | 41 mm |
| Suspension arrière | Bras oscillant bilatéral alu; amortisseur central à biellettes, réglable en précontrainte de ressort ainsi quà la compression (high et low-speed) et à la détente. |
| Débattement avant/arrière | 120 mm / 134 mm |
Roues
| Genre | Jantes en fonte dalu, pneus tubeless à carcasse radiale BT003, standard BT016. |
| Jante avant | |
| arrière | |
| Pneu avant | 120/70 ZR 17 |
| arrière | 180/55 ZR 17 |
Freins
| Frein avant | Double disque (300 mm) acier semi-flottant et étriers quatre pistons Nissin à lavant; |
| Frein arrière | simple disque (220 mm) et étrier monopiston Tokico à larrière. |
| ABS | non |
Dimensions et poids
| Empattement | 1400 mm |
| Angle de chasse | 66° |
| Chasse | 103 mm |
| Poids tous pleins faits | 191 kg |
| Hauteur de selle | 815 mm |
| Capacité essence | 17,0 l |
Teintes
| verte | |
| noire | |
| bleue | |
| x | |
| x |
Prix, disponible dès, importateur
| Prix | Pas encore fixé; |
| Disponible dès | disponible dès janvier 2009 |
| Importateur | Fibag AG, 4624 Härkingen Tél. 062 285 62 00 |
Autres, remarques
| Remarque | Egalement en version 25 kW/34 ch |
Photos Kawasaki Heavy Industries:































