Test et technique
Essai KTM 1190 RC8
19.03.2008 00:00
Avec sa 1190 RC8, KTM lance sa toute première routière pur-race de série. Son imposant V2 se révèle fort convaincant, ainsi que lergonomie sur la route aussi bien quen circuit. Les flèches à ladresse du domaine Ducati sont bien dardées! Texte: Markus Schmid Photos: Buenos Dias, Herwig Peuker
Le grognement guttural du V2 à 75 degrés résonne entre les murs blanchis du village montagnard andalou de Serranìa de Ronda et se répercute sous mon casque. Voici quapparaissent les dernières chaumières, je passe en deuxième, tourne un coup la poignée des gaz et la RC8 me boute dehors sur la petite route sinueuse qui suit les crêtes. A ma gauche, cest la roche nue. A ma droite au-delà des murailles de pierres, le précipice béant. Entre deux, le ruban dasphalte au revêtement aussi parfait quaccrocheur.
Rrroooop, rrroooop, rrroooop, trois coups de gaz et deux prises à partie décidées du sélecteur avec le gros orteil gauche suffisent pour me balancer de virage en virage à quelque 4000tr/min en quatrième. Une fois engagés comme il faut, les rapports tiennent bon, mais qui touille la boîte avec précipitation risque de se retrouver entre la première et la deuxième ou entre la quatrième et la cinquième en moulinant dans le vide. KTM est conscient du problème et travaille à sa solution.
De 990 ccm à 1190 ccm
Le moteur supercarré liquide fait du tapage, nettement plus rude que le V2 de 990 ccm KTM connu. Conséquence logique du plus gros litrage, mais aussi de sa conception plus robuste. Car enfin, ses tripes sont destinées à supporter des charges de près de 200 ch ou davantage lors de futures sorties en circuit. Vu sous cet angle, son nom est son programme: en effet, RC8 signifie «Road Competition 8 valve», octosoupape de compétition de route.
Tout tombe parfaitement sous la main
Malgré tout, ces vibrations ne virent jamais au désagréable. Bien quà partir de 7000 tr/min les rétroviseurs aux clignotants intégrés ne renvoient plus dimage interprétable, malgré leur large champ et leur vaste plage de réglage. Il en va de même pour la graduation minuscule du compte-tours, graphique en barres dans le grand combiné agencé de manière exemplaire et étonnamment exempt de reverbérations. Pour le reste, tout rayonne la simplicité et la clarté; témoins lumineux, touches de commandes, interrupteurs, leviers Brembo réglables et maîtres-cylindres à monte radiale à 45 degrés, tout tombe parfaitement sous la main.
La position en selle
Tant et si bien que lergonomie mérite une mention spéciale. Au vu du design pointu, anguleux et provocant dû à la griffe de Kiska, on est étonné par lagrément de la position en selle. Aucune arête ne gêne, lentrejambe est parfait grâce à la sveltesse du moteur, et bien que la poupe pointe vers le ciel comme une flèche déglise tandis que le nez du carénage semble vouloir se ficher dans lasphalte comme celui dun bombardier furtif Stealth, on est installé sur la RC 8 de façon plus redressée et avec moins dappui sur les poignets que ne le font endurer toutes les quatre-pattes superbike actuelles.
Confort de lassise
Ceci malgré un éloignement selle bracelets de guidon excédant de 20 mm celui de ces dernières et plus court de 10 mm par rapport à la référence avouée par Gerald Kiska, à savoir la Ducati 1098. Et KTM surenchérit côté confort de lassise, car les bracelets de guidon peuvent être réglés sur 15 mm en hauteur, tandis que les cale-pieds permettent un montage différant de 20 mm en hauteur moyennant deux positions, et offrent une possibilité de recul de 15 mm grâce à des entretoises.
Dans son ensemble, la position de conduite est foncièrement sportive, mais linclinaison du buste aussi bien que langle des genoux sont plutôt modérés pour une bécane supersportive. Même les protections noires boulonnées de part et dautre sur les arêtes du réservoir en matière synthétique les plus exposées à labrasion en cas de chute ne font étonnamment pas obstacle. La protection de la tête et des épaules contre la tourmente étonne elle aussi par sa relativement bonne qualité, grâce à la bulle très pentue et tirée en hauteur.
Là où dautres hésitent...gaz!
Comme tout gros V2, le twin KTM tend à cogner en-deçà de 2500 tr/min dans les trois plus grands rapports, mais se ressaisit à partir de 3000 tours et sébroue librement dès 4000 tr/min. Sil se distingue par une réponse irréprochable aux gaz plus bas déjà, la véritable sensation réside dans la progression absolument linéaire de sa courbe de puissance, tant que son V2 risque dessuyer quelques remarques désobligeantes concernant son manque dhumeur du côté de Paris, mais qui promet une fabuleuse efficacité.
Tout mouvement de la poignée des gaz est immédiatement suivi dune entrée en matière absolument prévisible, même dans la plage de puissance maxi. Au-dessus du régime nominal de 10'000 tr/min, le V2 cesse son escalade, mais continue en franchissant la marque des 10'300 où sallume un témoin rouge, puis à 10'700 lélectronique commence par couper un cylindre avant que le V2 se retrouve au pied du mur à 11'000 tours.
54% contre 46%
Cest impressionnant de constater combien stable reste la partie-cycle même à coin dans des petits rapports sur fond bosselé. Preuve que la balance proclamée, favorisant fortement lavant avec 54% contre 46% pour larrière, nest pas un vain mot: la RC8 ne se cabre même pas dans les rapports les plus bas sans la volonté expresse du pilote. Tant pis pour le spectacle, mais cest hautement efficace: sur revêment chiffonné ou dans les cols, là où les dompteurs de bolides à 180 ch chopent des mains moites en sous-dosant leur excès de tempérament, le cavalier de la KTM pétrit sa poignée à fond et disparaît au coin du prochain promontoire, la poupe amortie à souhait et surtout sans broncher du guidon malgré les nids-de-poule. La fidélité de cap en rectiligne? Hors pair! La stabilité en courbe? Pareil.
Un filet de gaz continu
Une seule discipline demande une certaine routine pour puiser à fond dans les réseves de la RC8: dans les lacets à la descente, lautrichienne exige un filet de gaz continu, sinon elle menace de gâcher la trajectoire en poussant plus large de lavant. Et puis daccord, dans les pif-paf frénétiques, il lui faut une poigne décidée pour se balancer dun angle sur lautre.
Les freins
Au-dessus de tout soupçon, les freins Brembo série monobloc permettent à deux seuls doigts de mordre en finesse ou de manière brachiale, mais surprennent par leur abstention à metter la poupe en lair lors de freinages intempestifs, bien que le croupion dressé vers les nuages laisserait supposer de tels écarts de discipline.
Le secret du mystère: lempattement relativement long et surtout les masses distinctes groupées au plus près du centre de gravité de la machine font merveille. Un des points cruciaux réside sans nul doute dans le placement de léchappement directement sous le moteur.
Circuit: comme un bleu
Voyons maintenant le circuit privé de lAscari Race Resort dans les environs de Ronda. Privé nest ici pas synonyme détriqué ni de court, bien au contraire. Cest un ruban vraiment incroyable mesurant bien 5,4 km de long et 12m de large sur toute son étendue, truffé de
13 virages à gauche et dautant à droite, suffisant à exploiter tous les rapports hormis la sixième, garni de trois chicanes complètement différentes, avec des montées et des descentes pouvant atteindre 11,5 %, dune rectiligne permettant de pousser à 250 et le top du top de deux virages relevés pour la seconde et la troisième avec une dénivellation de 18%. En un mot: un grand toboggan pour vieux renards.
Les cale-pieds de la RC8 sont placés en position haute, la poupe est toujours basse, lamortissement de la fourche et de lamortisseur resserré de quelques clics seulement. Cest parti. Cest un jeu denfant que de corriger les erreurs de trajectoire dans la première courbe, on scie les chicanes avec toujours plus de témérité, entre de plus en plus à lintérieur par-dessus les vibreurs en dents de scie. Rien ny fait, la RC8 reste stoïquement sur sa lancée, se mettant sur langle pratiquement sur le dernier bout de vibreur sans aucun tangage. Les Pirelli de route tincitent déjà à remettre la sauce toujours plus tôt, toujours plus penché, vu que la partie-cycle ne bronche pas. Il arrive que larrière se dérobe doucement et se rattrape de manière aussi peu spectaculaire que feutrée.
La bête orange garde son cap
Freinage: la poupe reste basse, grâce au fait que la gestion électronique injecte une gorgée de carburant au cylindre arrière lors de rétrogradages brutaux et contre ainsi les rebonds de la roue arrière provoqués par le serrage du V2. Même si tu dois descendre de deux rapports depuis la cinquième au bout de la rectiligne opposée penché et donc en freinage tardif la bête orange garde son cap. Encore plus fort avec les gommes racing.
La technique WP
Celles-ci permettent des trajectoires encore plus saccadées et mettent le châssis sous davantage de pression. Ça reste pareil: à lavant comme à larrière, la technique WP amortit de manière spectaculaire, dun coup sec et précis. Tu finis par rouler comme un cinglé sur le bord intérieur de la bordure, accélères sous traction unilatérale au guidon. La seule chose apte à te rappeler à la raison: les coups à la nuque tarrachant presque la tête, casque compris.
Et la KTM? Elle joue parfaitement le jeu. Comme au «bon vieux temps» où lon roulait toujours et partout à coin sur sa 125 asthmatique, sachant le moteur incapable de pousser la partie-cycle au-delà de ses derniers retranchements.
Mais voilà: lengin dont nous parlons ici brandit 155 bourrins bien plausibles et un couple de 120 Nm. Son amortisseur de direction, jai resserré de 6clics (sur 34...) un bref instant. Juste pour voir, car cétait superflu. Cette partie-cycle supporte tout aussi bien 200 ch, ça ne fait aucun doute.
Bilan
La toute nouvelle et première KTM sport route dispense à tout pilote animé par un cur de sportif, venant de la classe moyenne ou fervent de supersport, un vécu unique en son genre: jamais à ce jour racer de mille cm3 na fait preuve dune telle harmonie entre la puissance omniprésente de manière absolument contrôlée, léquilibre parfait, la stabilité inébranlable et une telle agilité.
En un coup d'oeil
(meilleure note: 5 pts, plus mauvaise note: 1 point)
| En ville | 2 points |
| Grande virée | 3 points |
| Pilotage sportif | 4 points |
| Utilisation en duo | 1 point |
| Palpitations | 5 points |
Fiche technique KTM 1190 RC8
Moteur
| Genre | Bicylindre V2 quadrisoupape à 75° liquide, vilebrequin transversal. |
| Distribution | Deux arbres à cames en tête (DACT) entraînés par chaîne par cylindre. Angle total soupapes 17° (adm. 8°, échapp. 9°) |
| Alésage x course | 103 × 69 mm |
| Cylindrée totale | 1148 ccm |
| Rapport de compression | 12,5 : 1 |
| Carburation | Gestion électronique du moteur avec injection dessence Keihin (1 gicleur et 2 papillons par cylindre) et allumage électronique CDI. |
| ø papillons | 52 mm |
| ø soupapes: admission/échappement | 42 mm, 34 mm |
| Lubrification | Lubrification à carter sec intégrée dans le moteur avec radiateur dhuile. |
| Echappement | |
| Démarreur | Démarreur électrique. |
Performances
| Pussance maxi | 155 ch (114 kW) à 10'000 tr/min |
| Couple maxi | 12,2 mkg (120 Nm) à 8000 tr/min |
| V-max. | - |
Transmission
| Embrayage | Entraînement primaire par pignons droits. Embrayage multidisque dans bain dhuile à commande hydraulique. |
| Vitesses | Boîte six vitesses |
| Transmission finale | Transmission finale par chaîne à joints toriques courant à gauche. |
Partie-cycle
| Cadre | Cadre pont en treilllis tubulaire acier, moteur porteur; faux-cadre arrière démontable en tubes dalu. |
| Suspension avant | Fourche télescopique inversée WP, réglable en précontrainte de ressort ainsi quà la détente et à la compression; Amortisseur de direction WP. |
| ø tubes de plongée | 43 mm |
| Suspension arrière | monobras oscillant en éléments de fonte dalliage léger injecté et tôles dalu entresoudés, amortisseur central WP à tringle de poussée et à biellettes, réglable à lenvi en précontrainte de ressort ainsi quà la détente et à la compression. |
| Débattement avant/arrière | 120 mm / 125 mm |
Roues
| Genre | Jantes en fonte dalliage léger Marchesini; pneus tubeless à carcasse radiale Pirelli Diablo Corsa III (route et circuit) ou Diablo Supercorsa SC 2 (circuit). |
| Jante avant | 3.50×17 |
| arrière | 6.00×17 |
| Pneu avant | 120/70 ZR 17 |
| arrière | 190/55 ZR 17 |
Freins
| Frein avant | Brembo. Double disque (320 mm) acier semi-flottant et étriers quatre pistons à lavant; . |
| Frein arrière | simple disque (220 mm) et étrier deux pistons à larrière |
| ABS | non |
Dimensions et poids
| Empattement | 1430 mm |
| Angle de chasse | 66,7° |
| Chasse | (selon hauteur poupe) 9092 mm |
| Poids à sec / tous pleins faits | 188 kg / 199 kg |
| Hauteur de selle | (sel. h. poupe) 805 - 825 mm |
| Capacité essence | 16,5 l |
Teintes
Photo: Toutes les couleurs (inc. Carbon)
| orange | |
| blanche | |
| x | |
| x | |
| x |
Prix, disponible dès, importateur
| Prix | Fr. 24'140. TTC |
| Disponible dès | maintenant |
| Importateur | KTM-Fabag Zürcherstr. 305, 8500 Frauenfeld Tél. 052 725 08 88 |














