Test et technique
Essai: Yamaha YZF-R6
07.02.2008 00:00
Davantage de puissance partout, tel est le credo des techniciens Yamaha pour la dernière R6. Un meilleur coup de pied en bas, voilà ce qui nous intéresse et nous a ébahis! Texte: Markus Schmid Photos: Alessio, Matteo, Paul
Jamais auparavant, les responsables de chez Yamaha nauraient osé présenter leur dernière mouture de la R6 sur ce circuit tout en montagnes russes de Sugo. Pourtant, cette piste située près de Sendai au nord du Japon appartient au n°2 des constructeurs de motos nippons, qui y réalise le gros de ses travaux de développement. Le mondial Superbike y a fait étape pour la dernière fois en 2003. Yamaha détenait donc les coordonnées pour un setup optimal.
Armés de la R6
Ah, si nétait cette ultime et gigantesque courbe à droite qui mène à un raidillon conséquent de 10% après avoir plongé au fond de la cuvette! Son rayon passe progressivement de 130 à 250 m. Un pilote du mondial négocierait ça à de bons 200 à lheure, et cest pourquoi on a installé à lintérieur en plein virage la chicane sans doute la plus traîtresse du monde. Elle est si étriquée que pour nous, armés de la R6, cela signifie: premier rapport et demi-gaz. Et ce maudit passage te crache ensuite sur une cassure transversale qui déleste larrière pour prendre dassaut le dit raidillon de 10% qui amorce la rectiligne de larrivée.
Rien détonnant quen 2003 les as du Supersport tels que lex-champion Christian Kellener, fort de la R6 du CM au moteur poussé à lextrême, avec un rapport de démultiplication idéal et la boîte racing serrée, natteignaient que 241 km/h de vitesse de pointe sur cette rectiligne! Qui ne dispose pas dune large plage de puissance sembourbe, basta.
Les gens de chez Yamaha ne sont pas fous!
Ils avaient donc présenté la variation précédente de la R6, dont la plage de régimes de puissance configurée racing ne débutait quà 10000tr/min, sur le circuit absolument plat du Qatar. On y trouvait toujours un rapport adéquat. A Sugo par contre, les journalistes auraient déchiré le moteur de la R6.
Incroyable: elle pousse en bas!
Jen suis baba. Certes, lors de la présentation technique, on a évoqué que la nouvelle R6 Yamaha énumère 56 modifications rien quau moteur aurait gagné de la vigueur partout, grâce aux papilllons électroniques ce dont elle disposait déjà en 2006 et aux pipes dadmission électroniques à orientation variable ce qui est nouveau. On a surtout rendu attentif sur ces pipes dadmission à deux éléments, dont le supérieur (la trompe), comme sur la R1 actuelle, est soulevé par un système de leviers, ce qui nintervient quà 13'700 tr/min chez la R6.
Un trajet daspi court, trompes remontées, favorise la puissance aux hauts régimes, tandis quun long cheminement, trompes rabaissées, dispense un meilleur remplissage et davantage de puissance aux moyens et bas régimes.
Maintenant, en piste
A quelque 6000 tr/min (au compte-tours à léchelle grossière et donc pas trop bien lisible) je mextrais de cette chicane pour entamer la montée. Je tends à mort le câble, qui ne mène pas directement au mécanisme des papillons, mais au capteur du drive-by-wire pour lélectronique sise sous lairbox. Ce qui ne devrait guère provoquer de réaction, ou bien? Boudiou! Le coup de pied suffit à faire légèrement décrocher la roue arrière sur la cassure évoquée, la R6 renifle et prend son essor. A partir de 8000 tours, le moulin tire avec tant de véhémence sur la chaîne que ça suffit pour toutes les situations rencontrées en circuit.
Bruit caractéristique
Le quatre-pattes en ligne en rajoute linéairement jusquà 14'200 tr/min. Puis ça vient: dun coup, un aboiement séchappe de lairbox. Au bruit continu de scie à ruban caractéristique de la R6 succède un hurlement strident qui tétanise le pilote blotti sur le cache de lairbox. La R6 reçoit sa ration d«air secondaire» et, dans les rapports inférieurs, laiguille du compte-tours bondit comme léclair dans la plage rouge culminant à 16'500tr/min. Qui nest pas mentalement prêt à passer le rapport supérieur séclaffe inexorablement au rupteur intervenant avec tact 200 tours plus loin.
Jusquà 15'500 tr/min
De telles orgies nont dailleurs de sens quentre deux virages, si cela permet déviter deux manuvres au sélecteur, une vers le haut et de nouveau vers le bas. Ce coup de pied, gigantesque pour une 600-cm3, est pratiquement disponible à partir de 14'500 tr/min régime de la puissance maxi de 129 ch pour la R6 jusquà 15'500 tr/min, où il commence enfin à sestomper de manière ostensible, mais la jonction au rapport suivant colle bien mieux et la six-cents arrache bien plus efficacement quand on passe le rapport suivant à 15'000 tours. Et puis, les 129 bourrins déclarés par Yamaha le sont sans leffet Ram-air. Avec laspi accélérée, on annonce de fiers 135 ch. Cette augmentation de 4,5% nous paraît réaliste.
Mais doù provient la différence de 500 tr/min entre les données de Yamaha et lindication sur le compte-tours concernant le régime de déclenchement de lYCC? Nous avons constaté, lors des mesures de machines de test sur le banc dessai, que tous les compte-tours électroniques toutes marques confondues indiquent des valeurs excédant de parfois 10% celles, exactes, de lordinateur du banc. Les hauts régimes soulignant lefficacité des supersportives, selon lavis de leurs spécialistes en marketing.
Position: racing à outrance
Trève de chiffres. Je déboule sur la rectiligne darrivée, plié en quatre comme une bestiole en papier japonaise dorigami. Plus tassé encore que sur le modèle précédent de la R6, car la selle et le guidon ont avancé de 5 mm par rapport à la devancière, tandis que les bracelets sont descendus 5 mm plus bas. Ce qui donne une position en selle encore un brin plus racing, vu que la balance favorise lavant à 52,5 % (sans le poids du pilote) comme une Superbike du mondiale, ce qui donne le comportement tranchant de rasoir souhaité.
...sauf confortable
Ce qui est tout sauf confortable. Votre plumitif au gabarit de 1 m 82 tente désespérément dembrasser les genoux avec les coudes de la manière la plus aérodynamique possible, tandis que le buste reste exposé à la tourmente derrière la bulle plate, bien que la mentonnière du casque menace de rayer le réservoir dessence.
Mais ça, cest le moindre souci de linconditionnel de supersport. A coin, dans lattente du rugissement furax au moment où les trompes virent au raccourci, jouir du coup de pied au derrière, se sentir dans la peau de Kevin Curtain voilà ce qui compte. Et cette sensation de racing passe à 100%.
Puis on coupe sec, clac, la pointe du pied induit délicatement le prochain rapport, plein jus. Les vibrations à plein régime se ressent dans les flancs du réservoir, mais jamais de manière dérangeante. Maintenant, à lapproche du virage n° 1 au bout de la rectiligne darrivée, le compteur de la R6 avoisine déjà le 240.
Je coupe, le double disque avant répond avec finesse, fournissant exactement la morsure souhaitée du bout de deux doigts, contrôlable à tout instant de manière transparente. Et toujours prêt à texpédier par-dessus le guidon, même avec deux doigts si tu pousses trop loin. Même au bout de dix tours de circuit, ça reste pareil. Cest le mérite de lépaississement de 0,5 mm des disques, dont la masse augmentée parvient à évacuer davantage de chaleur: aucun relâchement, zéro fading!
Dans les zones de freinage, on saisit également ce que les techniciens entendaient par une meilleure stabilité au freinage. Lharmonisation plus ferme de la fourche inversée aux entrailles entièrement renouvelées, les ressorts allongés de 25 mm et les tubes de plongée de 10 mm permettant davantage de variantes pour équilibrer le châssis, font que lavant plonge moins fortement au freinage.
Ce qui importe tout autant, cest que la poupe ne sallège plus aussi fort quautrefois, vu quon a épargné 450 g rien que pour le cadre dès lors en une pièce en adoptant le magnésium. Tu peux rétrograder brutalement et lâcher tout sec le levier de lembrayage à commande mécanique: même si le pneu arrière crisse un instant, larrière de la moto reste absolument dans laxe, cela même en induction de courbe. Le reste de lancienne valse dhésitations est aplani par lembrayage antirétrocalage hautement sensible.
Quand on entame les virages, cest lapothéose côté partie-cycle, tant le comportement en entrée de courbe est acéré, absolument ébahissant pour une machine de série. La R6 verse à la moindre impulsion au guidon, comme une pièce de domino, sans toutefois paraître nerveuse. Elle trace, ou plutôt elle taille la ligne choisie dans lasphalte comme un ski du type carving, reste absolument stable, tout en se laissant toujours corriger sans grand effort au guidon.
Bridgestone BT 016
Ce faisant cest le résultat du cadre principal et du bras oscillant rigidifiés dans certaines zones et sciemment assouplis dans dautres le châssis de la R6 réagit, chaussé des Bridgestone BT 016 et BT 002 comme la machine du test, de manière absolument bon enfant aux glissades, tant de lavant que de larrière. Elle est et demeure la supersportive permettant le pilotage le plus instinctif tout en nexigeant jamais trop de son pilote.
Bilan: mission accomplie
Certes, les deux bourrins gagnés sur la mouture 2006 paraissent une vendange bien maigre par rapport à linvestissement consenti: augmentation du rapport de compression, adjonction de lYCC-I, modification de la séquence de distribution, renouvellement de fond en comble du mapping des papillons et de linjection, création dun nouvel échappement et ajustement dinnombrables autres détails. Mais ce qui est prépondérant, cest la nette amélioration des reprises. Ceci profite aussi bien à laccro des circuits de course quau pilote de route de tous les jours. Quant au fait davoir amélioré les possibilités de réglages sur le châssis et les réactions de ce dernier, cest un atout pratique pour les spécialistes et «bon à savoir» pour les autres.
En un coup d'oeil
(meilleure note: 5 pts, plus mauvaise note: 1 point)
| En ville | 2 points |
| Grande virée | 1 points |
| Pilotage sportif | 5 points |
| Utilisation en duo | 1 points |
| Palpitations | 4 points |
Fiche technique Yamaha YZF-R6
Moteur
| Genre | Quatre-cylindres quatre temps en ligne transversal liquide. |
| Distribution | Deux arbres à cames en tête entraînés par chaîne, quatre soupapes en titane par cylindre, angle total soupapes 23,75° |
| Alésage x course | 67,0 × 42,5 mm |
| Cylindrée totale | 599 cm3 |
| Rapport de compression | 13,1:1 |
| Carburation | Gestion électronique du moteur et de lallumage; papillons YCC-T, pipes dadmission variables YCC-I et injection dessence à 2 gicleurs et 1 papillon par chambre de combustion. |
| ø papillons | 45 mm |
| ø soupapes: admission/échappement | adm. 27 mm, échapp. 23 mm |
| Lubrification | Lubrification à carter humide, capacité 3,4 l de lubrifiant, avec radiateur dhuile. |
| Echappement | Echappement 4-2-1 avec clapet Exup en titane, catalyseur régulé dans le présilencieux. |
| Démarreur | Démarreur électrique. |
Performances
| Pussance maxi | 129 ch (94,9 kW) à 14'500 tr/min |
| Couple maxi | 6,7 mkg (65,8 Nm) à 11'000 tr/min |
| V-max. |
Transmission
| Embrayage | Primaire par pignons droits. Embrayage multidisque dans bain dhuile à commande mécanique, limiteur de rétrocalage (rampes). |
| Vitesses | Boîte six vitesses. |
| Transmission finale | Transmission finale par chaîne à gauche. |
Partie-cycle
| Cadre | Cadre diagonal en pièces dalu injecté, faux cadre arrière monopièce en fonte dalliage au magnésium démontable; moteur porteur. |
| Suspension avant | Fourche télescopique inversée pleinement réglable. |
| ø tubes de plongée | 41 mm |
| Suspension arrière | Bras oscillant bilatéral en caisson déléments en alliage léger injectés entresoudés; amortisseur central Soky à biellettes réglable en précontrainte de ressort ainsi quà la détente et à la compression. |
| Débattement avant/arrière | 115 mm / 120 mm |
Roues
| Genre | Jantes en fonte dalliage léger; pneus tubeless à carcasse radiale Bridgestone BT 016. |
| Jante avant | MT 3.50 × 17 |
| arrière | MT 6.00 × 17 |
| Pneu avant | 120/70 ZR 17 |
| arrière | 180/55 ZR 17 |
Freins
| Frein avant | Maître-cylindre radial, double disque acier semi-flottant à étriers monobloc quatre pistons à lavant; ø disques 310 mm |
| Frein arrière | simple disque monopiston à larrière. ø disque 210 mm |
| ABS | non |
Dimensions et poids
| Empattement | 1380 mm |
| Angle de chasse | 66,0° |
| Chasse | 97 mm |
| Poids à sec | 166 kg |
| Hauteur de selle | |
| Capacité essence | 17,5 / 3,5 l |
Teintes
| blanc | |
| bleu | |
| noir | |
| x | |
| x |
Prix, disponible dès, importateur
| Prix | Fr. 18'420. |
| Disponible dès | disponible dès fin janvier |
| Importateur | Hostettler AG Haldenmattstrasse 3, 6210 Sursee Tél. 041 926 61 11 |
Autres, remarques
| Remarque |














