Test et technique
Kawasaki Ninja ZX-10R
24.01.2008 00:00
Essai La toute dernière Ninja ZX-10R est restée fidèle à la teinte verte. Mais cest pratiquement tout ce quelle a en commun avec son prédécesseur hormis la puissance maxi brachiale, à laquelle on a ajouté une dose supplémentaire. Texte: Markus Schmid Photos: Double Red, Meppelink, Reygondeau
Voici que Kawasaki sort sa grosse artillerie chez les mille supersport: avec force RamAir, la nouvelle ZX-10 R est la première de sa catégorie à cracher 200 cocos! Déjà que les 188 ch déclarés sans leffet de laspi représentent le record de sa classe. Bon, on sait que les verts nont jamais fait dans la modestie côté annonce des performances, mais, jusqualors, leur réalisation en vitesse pure laissait un brin à désirer quand on plongeait dans les virages et sextirpait de courbes serrées sur une ZX-10R.
Rappel: la première «dix» mouture 04/05 était une bête hyperféroce qui vous prenait aux tripes, donc a fait un tabac. Le revers de la médaille: lorsquon la fouettait, elle se montrait tout sauf docile. Certes, elle faisait pâlir la concurrence à laccélération en sortie de virage, mais sa réaction aux gaz était trop brute, la poupe se rebellait sans crier gare à la limite, avant de catapulter ses cavaliers par douzaines dans le bac à gravier. De plus, mise brusquement dans langle, elle avait la fâcheuse tendance à perdre lavant sans froncer le sourcil, ce qui a fortement compromis la mise en confiance des pilotes.
History: Kawasaki ZX-10R, 2004
Pour 2006, on a revu la copie. Sa géométrie plus conservatrice avec un allongement du nez et un angle de chasse plus ouvert lui a valu sa stabilité. Trop même. Si bien quil nétait plus possible de piquer lestement dans les coins. On induisait la courbe, laissait au pneu avant le soin de définir le rayon et se retrouvait quelque part au milieu du virage sur une trajectoire commune.
Cette fois, dans le mille! (version 2007)
Lallusion à lartillerie se justifie donc pleinement: un impact à gauche de la cible, un autre trop à droite, quasiment pour jauger. Puis avec le troisième obus en plein dans le mille! Cest en tout cas limpression quelle a donnée lors des premiers tests sur le circuit de GP de Losail au Qatar en décembre dernier. La ZX-10R est hormis sa teinte verte complètement méconnaissable.
Au fil des 1,1 km de la rectiligne, le quatre-cylindres en ligne te propulse comme un boulet de canon. Bien sûr que le sismographe du fond de la culotte du testeur ne parvient pas à élucider sil a subi la ruade de bons 185 ou de tout juste 200 bourrins; cette tâche incombera au banc dessai. Une chose est certaine: ils nétaient en aucun cas moins nombreux que dans la ZX-10R à 178 cocos au vilebrequin du Supertest dAlmeria! Et la nouvelle réagit encore plus vivement aux coups de gaz!
290 km/h...
A 200, jengage avec un peu dappui la troisième, à bien 240 la quatrième, à 270 au compteur la cinquième, qui me catapulte avec toujours autant de véhémence vers la zone de freinage. Jai à peine le temps dentrevoir quelque chose comme 290-et-je-ne-sais-quoi avant de me redresser précipitemment dans la tourmente pour raisons purement psychohygiéniques, vu que mon regard ne soutient plus limage de ce bac à sable qui fond littéralement sur moi.
Freiiiin!!
Le double disque avant ne croque plus si sèchement que jusqualors, et il demande deux doigt et demi au lieu dun seul. Par contre, il offre maintenant un point de pression clairement défini, et le levier ne joue plus à lélastique au bout de trois tours déjà comme avant. Ni même après dix rondes dailleurs. Ceci est en partie dû aux nouveaux étriers quatre pistons Tokico à deux plaquettes au lieu de quatre précédemment, ce qui ôte son agressivité au frein.
Dautres modifications favorisent le comportement thermique des ralentisseurs. A savoir les nouveaux disques en pétale de 310 mm, qui ont minci de 0,5mm pour en jauger 5 dorénavant. Leur moindre épaisseur résulte en une plus grande surface relative par rapport à la masse de matériau emmagasinant la chaleur. Lévacuation de cette chaleur est également accélérée par ladoption dun nouveau schéma de perforation des disques ainsi que par laugmentation du nombre des rivets flottants de 6 à 10. Lensemble de ces mesures supprime le fading fort critiqué jusquà présent, à savoir le faiblissement de la force de freinage suite à léchauffement.
Zone de freinage
Tandis que, dans la zone de freinage, la fourche inversée qui, à limage de lamortisseur central, provient à nouveau de KYB depuis 2006 après un intermède Showa aplanit les bosses en gardant le cap presque à la perfection, tu taperçois maintenant que le lourd échappement underseat a cessé de tirer la poupe vers le haut et de la rendre nerveuse. Tu peux passer les vitesses à cur joie comme avant, le mécanisme des rampes pour limiter le rétrocalage de lembrayage soccupe du reste: aucun piétinement, pas de crissement du pneu arrière, bref, un modèle de stoïcisme. Seul le levier te laisse sentir, quand tu lâches brusquement lembrayage linéaire et parfaitement dosable clic-clic un faible contrecoup, immédiatement suivi dune brève course à vide du levier.
N° 1 avec contrôle de traction?
Je mets une légère pression côté intérieur du guidon moins fortement arqué en arrière et vers le bas, et la Kawa prend le virage avec précision, adopte toutes les inclinaisons imaginables et sy laisse toujours corriger, un resserrement de la trajectoire demandant un peu plus dappui sur le guidon. Yes! tu peux maintenant induire la courbe sur les freins et continuer de freiner jusquau point de corde sans aucun sentiment dinsécurité. Plus important encore, tu tombes pile sur le point de corde même si la trajectoire initiale nétait pas la bonne.
Pas de contrôle de traction
Mainenant, gaz. Et question fatidique concernant la ZX-10R: serait-elle la première sportive de série dotée de lantipatinage, comme lont annoncé tous les journalistes (MSS compris) à lissue du Salon de Paris? Réponse: non, la grande Ninja nen possède pas, du moins pas de «vrai», car elle nest pas munie de capteurs de fréquence des tours de roues, éléments indissociables du contrôle de traction. Un tel antipatinage permettrait, selon réglage, de rester à coin au point de corde sans décrocher de larrière.
Ce qui selon le chef de projet Yasuhisha Okabe nest pas possible. Qui le tenterait malgré tout risque, comme sur toute autre bombe à 180 ch, un highsider dévastateur. Le wheeling est donc possible, et la Ninja sort de chaque virage qatarien pris en seconde Allah sait sils sont foison le nez en lair à peine tente-t-on de prendre appui sur larrière de la selle spacieuse. Logiquement, on peut aussi samuser à tirer des cercles noirs nommés burn-outs.
Wheelies possible
Alors, à quoi bon ce KIMS, comme sabrège le Kawasaki Ignition Management System (système de contrôle de lallumage)? Lexplication hautement officielle des représentants de Kawasaki laisse dabord pantois: il est censé prévenir les dégâts, surtout au coûteux catalyseur régulé et au moteur en général. Cela paraît à la fois réaliste et ridicule, car à ce jour les superbikes nont pas eu besoin de ça. Mais cest surtout pour se protéger des revendications de certains imbéciles qui, à la lecture du mot «antipatinage», perdront tout sens de la mesure pour se mettre au tas à pleins gaz et sen prendre ensuite au fabricant pour ce qui est de la compensation de dégâts (nous ne parlons ici même pas des dommages psychiques), ce qui est courant au sein du système juridique yankee.
Okabe-san pèse ses mots: «Contrôle de traction? Vous journalistes lavez écrit depuis le show de Paris. Mais Kawasaki na jamais appelé ça ainsi dans ses communiqués de presse! Nous insistons: le KIMS nen est pas un, bien que développé sur le circuit. Ce qui nempêche pas que nous puissions un beau jour nous pointer avec quelque chose du genre.»
Lex-pilote du mondial Superbike Pere Riba, auteur dun chrono de 2:04,5 au guidon de la bécane de série au Qatar (temps de la pole des 8H du CM dendurance: 2:03), déclare: «Si je mets vraiment la sauce, je parviens à pousser la ZX-10R au slide, mais la moto réagit toujours avec grande douceur, même à plein gaz en sortie de virage. Dès que ça commence à glisser, la traction est meilleure quautrefois. Je peux sentir travailler le système, mais ce nest pas si simple
»
Votre plumitif veut aussi savoir, ceci dans le virage idéal à cet effet, le n°10. Qui comporte un premier secteur serré et qui souvre ensuite à linfini. Donc tu négocies le point de corde en deuxième et juste après, tu ouvres tout grand ou aussi fort que ne lacceptent ta cervelle, ton fond de culotte et le pneu arrière te laisses dériver vers lextérieur et pousses jusquen quatrième, toujours penché aux deux tiers.
Pneu
Tour après tour, tu tenhardis, pour finir par grimper les rapports sans toucher à lembrayage et à donf. Fait étonnant, la Ninja a bien supporté le manège, chaussée de Pirelli Diablo Supercorsa fort accrocheurs, sans décrocher de larrière. Le seul dérapage a eu lieu lorsque ma trajectoire bâclée la contrainte à franchir les grossiers vibreurs. Mais elle sest immédiatement reprise, doucement et sans faire de manières, malgré les clapets grand ouverts.
Il faut préciser ici que le quatre-pattes, sans coup férir et quell que soit la situation, répond aux gaz de manière absolument soyeuse. Je nai pu me sortir de la tête que cet effet était dû au KIMS.Je crois que jamais auparavant je navais piloté une machine de série à 180 ch répondant à la fois de manière aussi soyeuse et spontanément vigoureuse. Tout en réalisant que sur le circuit de course avec cette ZX-10R jaugeant le plein litre, on évolue constamment au-delà des 8000tr/min, ce qui correspond à quelque 125 ch et de monumentaux 110 Nm, papillons grand ouverts.
Comment fonctionne le KIMS?
Des sensors fournissent à la gestion du moteur des données concernant le régime moteur momentané, la position des papillons, la vitesse, le rapport de boîte, lair aspiré et la température du moteur ainsi que la teneur en CO2 des gaz déchappement. Ce en quoi il ne diffère pas des systèmes équipant la concurrence. Par contre, dans le cas de la ZX-10R, le régime moteur est enregistré à deux centièmes de seconde dintervalle seulement, ce qui permet de détecter très vite, avec grande précision et très tôt, les variations du nombre de tours.
Lordinateur comprend aussi des quantités de cartographies simulant les situations de roulage les plus diverses et les données pour les performances optimales séparément pour chaque rapport de boîte bien entendu! La machine «sait» donc quel est le régime le plus efficace en fonction des paramètres de degré douverture des papillons, de rapport engagé, etc. les plus divers.
Si elle y grimpe trop vite lorsque le pneu arrière perd brusquement ladhérence au goût de lordinateur central, qui compare sans cesse les données instantanées avec ses cartographies propres, ce dernier retarde lavance à lallumage et donc la puissance jusquà ce que laccélération du nombre de tours soit rentrée dans lordre des choses, ce qui se traduit par la reprise dadhérence du pneu. Toute cette procédure ne nécessite que quelques fractions de seconde.
Le hic en pratique: qui sort trop vite du virage, mais en mettant les gaz de manière continue, risque le crash, lordi ny voyant pas de perte dadhérence intempestive. Théoriquement, le KIMS nest utile que lorsque, à gaz continus ou lors dune légère accélération en sortie de virage, on franchit une section provoquant une brusque perte dadhérence alors que les papillons nont pratiquement pas bougé. Tel est le discours des techniciens Kawa.
Stabilité
En rectiligne, la Ninja, qui se cabre sans peine jusquen quatrième, démontre quelle na pas perdu toute son impétuosité. Même avec lamortisseur de direction éprouvé Öhlins ouvert à peine de 5clics, elle secoue légèrement la tête toutes les fois que tu tires sur le guidon, dans les séries de bosses ou légèrement penché. Cest le prix à payer pour son regain dagilité, qui la fait paraître 20kg plus légère que son prédécesseur, alors quen réalité elle a pris 4 kg!
Apparemment illogique aussi le fait quelle fasse plus maniable malgré lempattement allongé, langle de chasse ramené dun degré à 64,5° et la chasse augmentée de 8mm pour culminer à 110, ce qui indiquerait plutôt un plus de stabilité aux dépens de la maniabilité. Mais lastuce est quon a concentré les masses plus en avant, tout en intégrant mieux le pilote, moyennant des sufaces de contact plus ergonomiques du réservoir et des flancs du cadre, si bien quil ressent mieux la moto.
Même but à savoir un meilleur retour dinformations , celui visé par lapport déléments supplémentaires à flexibilité contrôlée sur la partie avant du cadre principal et par lancrage supérieur de lamortisseur central situé directement sous la traverse du cadre et par là même sous la selle.
Encore une remarque concernant laérodynamique. Le carénage nettement renfrogné par rapport au précédent tend à laisser supposer une péjoration de leffet protecteur. Mais les renflements aux arêtes, développés en compétition, fonctionnent: quand on se blottit, on se trouve pris dans une bulle dair relativement calme.
Bilan
La Ninja ZX-10R viendra se mêler à la meute de supersports dun litre: son moteur a encore pris du muscle, elle est plus maniable que jamais et donc bien plus facile à piloter, tandis que le point critique n°1, à savoir le frein avant, a également été revu avec succès. Lété promet dêtre torride dans cette catégorie!
La nouvelle ZX-10R avec son potentiel explosif est à remettre en mains expérimentées uniquement malgré les systèmes de contrôle électroniques. Mais elle fait partout mieux que ses devancières. Son gigantesque coup de pied se contrôle plus aisément et elle est mieux équilibrée. Cest pourquoi, malgré sa maniabilité accrue, elle se maîtrise mieux en situations extrêmes.
En un coup d'oeil
(meilleure note: 5 pts, plus mauvaise note: 1 point)
| En ville | 2 points |
| Grande virée | 2 points |
| Pilotage sportif | 2 points |
| Utilisation en duo | 2 points |
| Palpitations | 2 points |
Fiche technique
Kawasaki Ninja ZX-10R
Moteur
| Genre | Quatre-cylindres quatre temps liquide en ligne transversal incliné de 23° vers lavant. Ram Air |
| Distribution | Deux arbres à cames en tête entraînés par chaîne, poussoirs en godet, deux soupapes déchappement et dadmission par chambre de combustion, |
| Alésage x course | 76,0 × 55,0 mm |
| Cylindrée totale | 998 cm3 |
| Rapport de compression | 12,9:1 |
| Carburation | Gestion électronique du moteur avec injection dessence Keihin à 2 gicleurs et 2 papillons par cylindre, allumage électronique CDI. |
| ø papillons | 43 mm |
| ø soupapes: admission/échappement | admission 30 mm, échappement 24,5 mm |
| Lubrification | Lubrification à carter humide avec radiateur dhuile, capacité lubrifiant 4,l. |
| Echappement | Echappement 4-2-1 en titane avec présilencieux, silencieux en acier, catalyseur régulé dans le collecteur et clapet électronique devant le pot terminal. |
| Démarreur | Démarreur électrique. |
Performances
| Pussance maxi | (sans RamAir) 188 ch (138 kW) / (av. Ram Air)200 ch (147 kW) à 12'500tr/min |
| Couple maxi | 11,5 mkg (113 Nm)à 8'700 tr/min |
| V-max. | - |
Transmission
| Embrayage | Entraînement primaire par pignons droits.Embrayage multidisque dans bain dhuile à commande mécanique avec limiteur de rétrocouple (rampes). |
| Vitesses | Boîte six vitesses. |
| Transmission finale | Transmission finale par chaîne à joints toriques courant à gauche. |
Partie-cycle
| Cadre | Cadre pont en caissons dalu, moteur porteur; faux-cadre arrière démontable en deux parties. Amortisseur de direction réglable Öhlins. |
| Suspension avant | Fourche télescopique inversée KYB, réglable en précontrainte de ressort ainsi quà la détente et à la compression. |
| ø tubes de plongée | 43 mm |
| Suspension arrière | Bras oscillant bilatéral alu en éléments injectés et tôles profilées entresoudés, amortisseur central KYB à biellettes de démultiplication, pleinement réglable en précontrainte de ressort ainsi quà la détente et à la compression. |
| Débattement avant/arrière | avant 120 mm arrière 125 mm |
Roues
| Genre | Roues en fonte dalliage léger. Pneus tubeless à carcasse radiale Pirelli (machine du test: Diablo Supercorsa SC2; série: Diablo Corsa III). |
| Jante avant | MT 3.50×17 |
| arrière | MT 6.00×17 |
| Pneu avant | 120/70 ZR 17 |
| arrière | 190/55 ZR 17 |
Freins
| Frein avant | Tokico. Double disque dacier semi-flottant et étriers quatre pistons à deux plaquettes à lavant -avant 310 × 5,5 mm |
| Frein arrière | simple disque et étrier flottant monopiston à larrière. ø disques - arrière 220 × 5,0 mm |
| ABS | non |
Dimensions et poids
| Empattement | 1415 mm |
| Angle de chasse | 64,5° |
| Chasse | 110 mm |
| Poids à sec / tous pleins faits | 179 kg /208 kg |
| Hauteur de selle | 830 mm |
| Capacité essence | 17,0/4,0 l |
Teintes
| verte | |
| noire | |
| orange | |
| x | |
| x |
Prix, disponible dès, importateur
| Prix | Fr. 20'590. TTC. |
| Disponible dès | Disponible dès mars |
| Importateur | Importateur pour la Suisse: Fibag AG Bahnhofstrasse 19, 5745 Safenwil Tél. 062 788 85 55 (ou link) |
Autres, remarques
| Remarque | pas de version 34 ch |
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