Test et technique
BMW R1 Desmo
09.02.2007 00:00 (Alan Cathcart)
Test En 1992, BMW a conçu en secret un proto boxer liquide desmodromique en vue du mondial SBK, projet finalement abandonné. Alan Cathcart a pu essayer en exclusivité mondiale cette bombe prometteuse.
Cest sur la piste dune base aérienne militaire des environs de Munich que les techniciens de BMW avaient tracé un parcours dessai impromptu pour la prise en mains de ce boxer desmo baptisé R1. Depuis lors, dautres marques dont Yamaha ont utilisé cette appellation, mais il faut souligner quil y a quinze ans ce prototype avait été développé dans le plus grand secret et que le projet navait vécu quun seul été.
A lépoque, la marque BMW était confrontée à lintroduction sur le marché de sa R1100, la première machine dotée du tout nouveau boxer à injection. Parallèlement à ce bicylindre à plat refroidi par air, culasses quatre soupapes et boîte cinq rapports, le département de développement dirigé par Burkhard Goeschel chargeait ses ingénieurs de développer un deuxième twin de 1000 cm3 de cylindrée et ACT, refroidi par liquide et doté dune boîte six. But de lexercice : contrer les V2 de Ducati dans le cadre du mondial des superbikes et peaufiner limage sportive de BMW dans la moto, comme lavait déjà fait la marque bavaroise en automobile en remportant à plusieurs reprises le titre au championnat des voitures de série.
Après létude intensive du V2 dune Ducati 851 de 1989, on se mettait au travail en 1990. Afin dassurer des réserves dinclinaison suffisantes, notamment avec des pneus de course, les larges cylindres latéraux ont été rehaussés. De ce fait la position du vilebrequin a également été relevée, tandis que lalternateur et le démarreur électrique, placés au-dessus du carter sur les boxers normaux, sont relégués vers larrière. Le carter enrobant le monobras oscillant et le cardan Paralever ont été modifiés du côté intérieur en faveur de ladoption de slicks 180/55. Derrière lembrayage monodisque à sec se trouve la nouvelle boîte de vitesses à 6 rapports signée Getrag, laquelle comporte un système de cassette interchangeable permettant un remplacement complet des démultiplications en moins de 30 minutes.
Afin de garder suffisamment de place derrière les cylindres pour les pieds, et simultanément pour assurer un meilleur flux interne, on a tourné les culasses de 90o. Le conduit dadmission, les buses dinjection et les sensors des clapets de 54 mm sont désormais placés sur le haut du cylindre et non plus derrière, et la sortie déchappement au-dessous. Des canaux relient lairbox aux chambres mélangeuses.
BMW en précurseur
Mais le principal est ailleurs. Spécialiste des culasses dans léquipe de Goeschel, Georg Emmersberger a étudié en profondeur les culasses de Ducati avant den développer une pour BMW. Double ACT, encore plus compacte, elle se voit dotée du système desmodromique de contrôle des soupapes ces dernières étant poussées et tirées mécaniquement ainsi que dun angle extrêmement réduit dà peine 20o et dun entraînement des ACT par chaîne. Comme chez Ducati, chacune des quatre soupapes en titane est commandée à louverture par un levier droit et à la fermeture par un culbuteur. Autres caractéristiques: embiellage en une pièce, bielles en titane et pistons forgés à segment de compression unique (voir « Mot-clé »). Dans sa lutte contre les millimètres côté largeur du moteur et grâce à labaissement de larbre à cames déchappement, BMW sest pour la première fois arrêté sur un alésage x course de 66 x 98 mm, des valeurs reprises ensuite par Ducati et qui sont aujourdhui devenues un standard pour les twins sportifs.
Dans le cadre diagonal en alu profilé signé Nico Bakker, on a placé le système Telelever développé en 1991 pour la R1100. La partie-cycle est encore complétée par des freins Brembo, des jantes Marvic et par des suspensions intégralement réglables de WP tant à lavant quà larrière. Résultat : un poids à sec de 160 kg, étonnamment bas pour une machine à entraînement par cardan.
« Pour réussir à ramener lempattement de la R1 à 1465 mm, nous avons dû raccourcir le carter du cardan de la R1100 ainsi que le monobras
» se souvient Nico. « Nous avons quand même obtenu une répartition des
poids de 50/50 à vide, mais le moteur était placé tellement à lavant ! Si cest finalement allé, cest parce lavant ne plongeait presque pas au freinage grâce au système Telelever. »
Laérodynamique en question
1992. Le pilote dessai de BMW Herbert Enzinger effectue plusieurs séances de tests ultrasecrètes avec la R1 sur le circuit de Rijeka. « Nous y avons progressé
» raconte Herbert. « Mais nous nous heurtions à deux problèmes. Premièrement, la largeur du moteur boxer empêchait un aérodynamisme suffisant, contrairement à la Ducati. Et ensuite, nous ne disposions pas dassez de puissance pour compenser ce manque de profilage. Au début, nous avions mesuré 132 ch au banc dessai, ensuite on a pu pousser jusquà 140 ch à 11 000 tours. Nous aurions cependant eu besoin de 15 à 20 cocos de plus pour vraiment disposer de performances permettant de lutter pour la victoire. Et comme chez BMW on se bat pour le premier rang et non pour le huitième, le projet a été abandonné en fin dannée et lunique exemplaire de la R1 a fini dans une cave de lusine à Munich.»
Bilan
Moto de course absolument unique, apte à tout sur circuit sauf à négocier les épingles et les chicanes resserrées, où elle se montre trop pataude. Elle exige une accomodation à la position en selle et à la distribution des masses due à la conception spéciale du moteur, ainsi quaux particularités de la transmission par cardan.
La BMW R1 desmo en 1 coup d'oeil:
- En ville: -----
- Grande virée: -----
- Pilotage sportif:+++++
- Utilisation en duo: -----
- Palpitations: +++++














