Bon Vent
Mille Rivières et autant de récits
18.01.2007 00:00 (Sylvain Muller)
Le jour se lève sur Chambon-sur-Lignon (F). Les selles des motos sont givrées, tout comme le cervelet de Marc, qui nous fait lever à six heures du mat. Sagit de ne pas rater le départ de la rando des Mille Rivières, une balade de trois jours qui nous conduira du Massif central jusque dans les Cévennes.
Les premiers kilomètres se parcourent sur un sol gelé, dans un paysage sublime de pâturages recouverts de bancs de brume. Ces tableaux permanents ouvrent lappétit de Raphy, qui sort de son sac saucisson et côtelettes dès la première pause. Pour se réchauffer, Tassinet dessine des centaines de virgules sur le sol avec la roue arrière de sa CRF. Mais lancien crossman manque de se ficher par terre à 50 mètres du bistrot, surpris par une dérobade de son arrière-train sur le bitume froid.
Le premier repas officiel donne un aperçu de ce que seront les menus durant trois jours: charcuterie, saucisses, jambon, patates et fromages et rocco qui tache. Les Mille Rivières pourraient aussi sappeler les Cent Mille Calories. Heureusement, les chemins de laprès-midi sont roulants. Pour se divertir, Raphy se couche avec une précision toute helvétique dans un ruisseau de vingt centimètres de large. Près de quatre heures après les motards, les deux quadeurs Olivier et Thierry rejoignent la fin de létape. Malgré leurs efforts (Olivier a expérimenté un inefficace tonneau par lavant), ils sont restés bloqués tout le jour derrière les 4x4.
Le deuxième jour débute par une grimpette velue, qui fait transpirer les organismes. Mais Marc est toujours attentif au bien-être de ses invités et trempe Raphy jusquà los en le dépassant en wheeling dans une grosse flaque. Les deux (ex-)copains règlent leurs différends à grands coups de gaz sur une route gravillonneuse. Question glisse et travers, la XR et la Katoche finissent ex æquo.
Après un nouveau repas diététique, tout le monde emprunte le bitume pour traverser le Parc national des Cévennes. Les sapins laissent la place aux châtaigniers, tandis que la rando se transforme en rallye routier sous la direction de Marc, toujours terrorisé à lidée de perdre du temps. Résultat, nous rejoignons le gîte vers 15 h, ce qui nous laisse près de cinq heures avant le souper: juste de quoi retendre les chaînes et faire le plein dessence.
Les Mille Rivières étant une rando itinérante, Lucas Dougoud sest chargé de rapatrier les bus chaque jour en effectuant des allers-retours en Monnier 3T 250. Après 300 km de petites routes, le pauvre petit poum-poum semmêle les soupapes. Une séance de mécanique nocturne permettra toutefois à notre convoyeur de faire en notre compagnie ses premiers mètres en tout terrain lors de la boucle du troisième et dernier jour.
Après quatre années passées sur un voilier autour du monde, notre homme nest pas du genre à se laisser impressionner par les mises en garde de quelques randonneurs à deux roues. Dès les premiers mètres, il essore donc généreusement la poignée droite de la 3T et fonce dans les feuilles mortes bien assis à lavant de la selle. Sous les casques, on rigole déjà; et ce qui devait arriver arrive: Lucas rate un virage, saute le mur et se pose en toute délicatesse dans un tas de branches.
Même pas mal. Quelques centaines de mètres plus loin, une grande grimpette vicieuse va toutefois mettre fin prématurément à sa carrière denduriste. Obligé de monter à pied, le marin choppe le mal de mer et choisit de rentrer par la route. Une fois les plus grosses difficultés de la randonnée franchies, le parcours emprunte une ancienne voie de chemin de fer, où chaque tunnel permet de tester éclairages et klaxons. Après un dernier repas Weight watchers et quelques kilomètres de chemins, il est temps de recharger les motos et de rentrer en Suisse. Les compteurs affichent 430 kilomètres, sauf celui de Marc puisque sa roue avant na pas souvent touché le sol.
Chasseur déléphants
Les protagonistes, en désordre alphabétique pour éviter les suspicions:
Marc «Wheeling» Deforel: a été recordman du monde de vitesse sur la roue avant, mais ne se débrouille pas trop mal non plus en roue arrière avec sa Honda XR 650. Super organisateur et guide, mais confond parfois rando et rallye.
Christian «Relax» Rhême: grand randonneur devant léternel, roule cool mais passe absolument partout avec sa presque oldtimer XR 400.
Raphaël «Raphy» Sciboz: répare les motos, les autos, les camions et les fermetures éclair de vestes denduro. Sa chère et tendre ne la pas autorisé à acheter la nouvelle KTM EXC 525, doit donc se contenter dune vieille 2006.
Philippe «Chaffre» Schaffer: préfère lefficacité aux grandes théories. Prononce au maximum 200 mots par jour, mais sait se faire entendre lorsquil veut aller à lapéro. Roule sur une KTM EXC 525 mouture 2007, ce qui rend Raphy jaloux.
Alain «Tassinet» Pittet: ancien crossman, ancien Angora, mais toujours grand essoreur de poignée droite. Sa Honda CRF 450 X rebondit dans toutes les protubérances du terrain.
Lucas «Gaaaaaz» Dougoud: pilote aussi généreux dans le style quinexpérimenté en tout terrain. A soigneusement préparé sa première sortie à grandes lampées de rouge et de rhum le soir précédent. A toutefois rendu lâme avant sa petite Monnier 3T 250 cm3.
Olivier «Brochet» Monnier et Thierry «Bovet-la-moquette»: anciens motards reconvertis au quad. Ont prévu un interphone pour blaguer en roulant ou signaler leur position après un freinage un peu optimiste.
Beat Kropf, Hans Krebs, Beat Vankhauser et Roger DellAra: quatuor bernois chevauchant des Beta, mais pas lent pour autant.













