Bon Vent

Moto-Rösti-Party à Fribourg

Röstigraben


 

14.06.2006 00:00

Les 25 et 26 juin se déroulera à Fribourg, quasiment à cheval sur la barrière de röstis, la grande fête de la réunion des motards de Romandie et de Suisse alémanique visant à raser la barrière de röstis. MSS a sondé deux gars censés en savoir long en la matière sur ce phénomène. Gagnez des billets d'entrée avec MSS!

Nous les Suisses sommes – à en croire le Serment du Grütli, la Constitution fédérale ou l’hymne national – un peuple unique et fraternel. Mais dès qu’il s’agit de négocier des «affaires» outre frontière linguis-tique, les Romands et les Suisses alémaniques ne font plus si ostensiblement qu’un. «Welsches» et «Totos» fusent de part et d’autre. Phénomène appelé barrière de röstis.

MSS a posé quelques questions à deux motards issus de part et d’autre de cette barrière, afin de cibler l’image que nous nous faisons entre motards. Côté romand, il s’agit de Marc-André Rossier du bourg valaisan Saillon, 43 ans, depuis 1997 président de la Fédération motorisée valaisanne (FMV) comptant plus de 1000 membres. Côté alémanique, c’est Andreas Iff de Rothrist, 43 ans aussi, président ad interim du MAC Bümpliz et à son comité depuis 16 années. Fort de 128 membres actifs, c’est le second plus grand club de Suisse alémanique.
 
Une barrière en röstis?

Ce terme exprime que la frontière linguistique délimite l’aire d’expansion du plat nommé röstis.
Dans les médias, le röstigraben revient régulièrement sur la table,
bien que certains nient son existence. Là où il agit, il entrave les procédures, les personnes et les institu-tions au-delà des «difficultés techniques» usuelles.

Moto Sport Suisse: Quel est le terme usité pour röstigraben en Suisse romande?
Marc-André Rossier: «La barrière de röstis».

MSS: La barrière de röstis a-t-elle des répercussions concrètes sur la vie culturelle des groupes?
Marc-André Rossier: C’est sûr. La culture romande a des racines méridionales, celle des Suisses alémaniques est de provenance nordique.
Andreas Iff: Elle n’existe pas dans l’importance prétendue par certains, surtout pas entre les motards.

MSS: Que pensez-vous de l’idée maîtresse de la Moto-Rösti-Party de Fribourg, dont le but est de «raser» la barrière de röstis se dressant entre les motards?
Marc-André Rossier: C’est une idée comme une autre pour rassembler des gens animés d’une même passion. De toute façon, la barrière de röstis restera invisible tout au long de ces festivités. Mais comme toute manifestation, cette fête a besoin d’un titre attrayant.
Andreas Iff: Une très bonne idée!

MSS: Quelles peuvent être les répercussions de cette Moto-Rösti-Party?
Marc-André Rossier: Toute chose a son utilité. Si cette concentre crée de nouvelles amitiés entre des motards, des clubs ou même des associations, le but est atteint. Je pense que les acteurs du monde de la moto devraient tous tirer au même bout de la corde, à commencer par des importateurs en passant par les concessionnaires, les moto-écoles, les clubs et les fédérations, jusqu’au motard en tant qu’individu – tous devraient s’unir pour défendre notre loisir, notre passion, plutôt que de présenter des divisions comme ils le font par les temps qui courent.
Andreas Iff: Ce sera sûrement une belle fête, mais le problème des langues ne sera pas résolu pour autant. Notre pays est et reste quadrilingue.

MSS: Quelle est l’essence même de la pratique de la moto aux yeux de ton espace culturel?
Marc-André Rossier: Rouler à moto est synonyme de liberté et d’amitié, de découverte de l’environnement et de proximité de la nature. C’est un style de vie différent.
Andreas Iff: Quand les motards se retrouvent entre eux, ils refoulent le train-train quotidien et se sentent parmi des proches. Banquier ou ouvrier, peu importe, on a les mêmes loisirs et les mêmes sujets de discussions.

MSS: Vous et vos collègues faites-vous des virées à moto de l’autre côté de la frontière linguistique?
Marc-André Rossier: Un motard ne connaît pas de frontières, d’autant moins les frontières linguistiques. Il cherche son terrain de prédilection.
Andreas Iff: Bien sûr, par exemple avec délices dans la belle contrée du Jura à faible densité de trafic.

MSS: Que pensez-vous que les motards de l’«autre côté» répondent à cette question?
Marc-André Rossier: Ils devraient en somme répondre qu’ils viennent vers nous. Nous avons davantage de cols!
Andreas Iff: Le langage ne joue guère de rôle pour le choix de l’itinéraire, c’est selon le besoin de chacun. Les uns préfèrent un bonhomme de chemin, l’autre que ça fonce. Chacun choisit sa route en conséquence.

MSS: Comment êtes-vous accueillis dans l’autre région linguistique?
Marc-André Rossier: La solidarité est la même – partout. Un motard est généralement partout bien accueilli.
Andreas Iff: La région linguistique est secondaire, ce qui importe est de savoir si les motards sont bien accueillis ou non dans la région.

MSS: Quelle impression font les motards de l’autre groupe linguistique lors de rencontres en balade?
Marc-André Rossier: Les motards se saluent et admirent réciproquement leurs machines. Et surtout, on a un esprit communautaire: nous sommes fiers d’appartenir au même groupe, au monde de la moto.
Andreas Iff: Positive, tout au plus y a-t-il de petits problèmes de communication pour raisons de compréhension.

MSS: Existe-t-il une moto de rêve typique pour Romands ou pour Alémaniques? Y a-t-il des marques de motos qu’on préfère?
Marc-André Rossier: Je ne crois pas qu’il existe une moto typique liée à une culture, ni une marque; plutôt une qui – indépendamment de la culture – correspond à chaque tranche d’âge. Le choix d’un tel véhicule est lié à un si grand nombre de facteurs, tels que le spectre d’utilisation, le pouvoir d’achat...
Andreas Iff: Je ne pense pas. Que ce soit du côté romand ou alémanique, on distingue tout au plus les pilotes adeptes du sport ou du tourisme.

MSS: Où et comment la barrière de röstis se fait-elle le plus sentir au sein du monde motard suisse?
Marc-André Rossier: Les répercussions les plus importantes s’expriment au sein de nos grandes associations. Mais il s’agit davantage d’intérêts personnels et financiers, qui en-travent la solidarité au sein du monde motard. Je ne comprends pas les divergences entre FMS, SAM, CI-Motards et Angoras. Dans notre petite Suisse, nous devrions tous être unis sous la même enseigne, et chaque domaine devrait être dirigé par les gens les plus compétents. Car nous ne faisons pas le poids vis-à-vis des autorités, tant que la FMS et la SAM ne représentent que 5000 personnes parmi le flot de quelque 400 000 deux-roues motorisés immatriculés. Ici, il faut ourdir des réflexions fondamentales. Et cette manifestation pourrait y contribuer, tant qu’elle parvient à rassembler tous les acteurs de la scène motarde suisse. Et j’espère qu’il y aura une suite: On rase la «barrière de röstis» et crée une fédération dynamique et unie pour défendre nos intérêts. Qu’importe comment elle s’appellera, pourvu qu’elle soit efficace et qu’elle fournisse des résultats.
Andreas Iff: Là, je préfère faire l’impasse.

MSS: Les motards ont-ils l’impression de se faire traiter de manière différente selon le bord duquel ils sont?
Marc-André Rossier: Je ne le crois pas. Les problèmes surgissent tout au plus au niveau du langage, si l’on est obligé de discuter.
Andreas Iff: Non, ça dépend tout au plus du fait que le gendarme roule lui-même à moto, ce qui favorisera peut-être sa clémence.

MSS: Les citations suivantes sont-elles infondées ou y a-t-il du vrai?
Les Romands se soumettent moins aux règles de la circulation. Les Suisses alémaniques par contre sont «moutonniers», y compris en ce qui concerne le respect des réglementations du trafic.
Marc-André Rossier: Pour savoir, seules les statistiques de la police peuvent faire foi.
Andreas Iff: On peut certainement dénombrer la même proportion de moutons noirs de part et d’autre. On ne peut pas parler de différence.

MSS: Les Romands se soucient moins de leur équipement de sécurité, tandis que les Suisses alémaniques tendent à exagérer l’ampleur de leur cuirasse.
Marc-André Rossier: Les contrôles que la FMV a effectués en début de saison dans le cadre d’un concours de la Police cantonale valaisanne «Moto Plaisir» n’ont pas donné cette impression. On n’est tombé que sur de rares motards mal équipés.
Andreas Iff: Ça n’a rien à voir non plus avec le fait d’être romand ou alémanique. Certains motards prennent plus au sérieux la protection contre les accidents que d’autres, indépendamment de leur langue.

MSS: Mangez-vous des röstis?
Marc-André Rossier: Oui, surtout ceux de mon épouse. La dernière fois, c’était la semaine passée.
Andreas Iff: Enfant, j’en avais presque tous les jours au souper, aujourd’hui plus rarement. Mais j’aime bien les röstis.

Pour les lecteurs MSS, nous tenons 5 x 2 tickets à la Moto-Rösti-Party. Envoie un SMS libellé MSSUWIN1 et ton adresse complète (par ex. MSSUWIN1 Alf Gain, rue Exemple 1, 1234 Ptêtben) au 919 (Fr. 1.50/SMS) ou par courrier à: Büchler Grafino, MSSUWIN1, Dammweg 9, c.p., 3001 Berne. Si t’as d’la veine, t’en auras un!

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