Bon Vent

Tout près du 7e ciel

«Centopassi» dans les alpes occidentales


 

26.05.2006 00:00

Quatre jours de congé. Des cols de la Côte d’Azur jusqu’aux Alpes savoyardes, des virages à n’en plus finir. Toujours à l’affût: les gendarmes. Entre deux, un concours d’épluchage de pommes de terre. Et des moments magiques.

Pendant quelques instants, je ne distingue pas ce que je perçois en contrebas. Je vois se dessiner deux anges dans le brouillard grimpant depuis la vallée. Le premier est là depuis un moment, sans bouger. Une statue d’ange (ou de Jésus). Non loin du premier, apparaît un second ange. Ou, plus précisément une vague silhouette entourée d’une auréole de lumière. La forme bouge, car c’est mon reflet dans les nuages, projeté par le soleil derrière moi. Un moment magique d’étonnement en silence, en plein milieu d’une virée de quatre jours plutôt intense!

J’appelle Simon et Andrea, mes compagnons du jour, sans doute aussi pour m’assurer que je ne vois pas de fantôme. Bien sûr que je saisis ma caméra pour capturer ce moment magique. Représenter un ange, jusqu’ici chose impossible pour le petit bonhomme que je suis!

Bien qu’en route depuis un bon moment déjà, cette vision phénoménale ne me sort pas de la tête, cette forme céleste qui m’est apparue sur le «col des anges». Le soir, un coup d’œil plus attentif sur la carte démasque l’erreur: ce n’était pas le col d’Angelo que nous avons franchi, mais le Colle d’Agnello, donc le col de l’agneau. Bougre d’âne que je suis!

Au préalable, nous avons franchi le Colle dei Morti et effectivement aperçu un mort, ce qui est déjà suffisamment macabre. Celui-ci était allongé près d’un chalet d’alpage, recouvert d’un drap, à côté de l’hélicoptère, qui s’envola peu après avec le corps en direction de la vallée. Un promeneur était mort d’une insuffisance cardiaque.

Pantani au sommet
Au sommet du «col des Morts» nous tombons sur un autre disparu, ici sous forme de statue: Marco Pantani, légendaire coureur cycliste italien, Speedy Gonzales des montagnes aux oreilles comme Dumbo. Dernier vainqueur du Tour de France avant l’ère Armstrong, sa mémoire veille, taillée dans la pierre, sur ce col peu fréquenté des Alpes italiennes. Sa calvitie s’accorde aux roches glabres du sommet.

Nous sommes au second des quatre jours du «Centopassi» en été 2005. Il est déjà six heures du soir. Quelque 350 km de l’étape journalière sont déjà derrière nous, il en reste encore une centaine à effectuer. Les données en kilomètres ne paraissent pas vraiment spectaculaires. Mais la distance use tout de même, surtout lorsque ces kilomètres ne se comptent que sur des cols.

«Centopassi» est synonyme d’une petite mais jolie sortie instaurée par Ducati pour lancer sa grande routière, Multistrada, dans un décor adapté. Ces cols ne sont pas au nombre de cent, mais une trentaine, ce qui fait tout de même près de dix mille virages. Ce rallye de quatre jours est ouvert aux pilotes de toutes marques. On effectue des étapes journalières de 300 à 400 km. Il ne faut cependant pas sous-estimer ce pensum. Grâce aux guides ou aux excellents roadbooks, on ne perd pas de temps à chercher ou bifurquer, mais on passe tout de même jusqu’à 14 heures en selle. Ce n’est donc pas l’affaire des novices et les pilotes de cruiser n’éprouveront guère de plaisir à négocier les épingles les plus serrées des petits cols.

Raviver les souvenirs
En 2005, le «Centopassi» a lieu pour la troisième fois, cette fois dans les Alpes occidentales. Le plus au sud et point de départ méridional: Nice sur la Côte d’Azur, tout au nord du parcours: St-Jean-de-Maurienne, à l’est de Grenoble. Entre deux, une kyrielle de cols italiens et français ont été franchis. Bien sûr que le motard débrouillard trouvera cette route tout seul, sans l’aide de Ducati. Mais vivre cette aventure en groupe a son charme. L’hôtel est d’emblée réservé et, à la fin, du moins pour les inscrits au concours (voir l’encadré), il y a quelques jolis prix à gagner, le premier étant une «petite» Multistrada.

Si l’on traverse les Alpes à l’allure d’un forcené, il ne reste pas beaucoup de temps pour le paysage. On risque alors de réagir comme cet Américain, qui, après une descente d’enfer du col de Vars, a demandé à ses amis de quoi avait l’air le sommet. «Je n’ai vu que la route, rien d’autre!» Et même lorsqu’on s’imprègne du paysage, les images se mélangent vite en salade russe. A quel endroit on a vu quoi reste flou. Bon nombre de belles images restent certes gravées dans notre mémoire, mais le cerveau ne les trie ni chronologiquement ni géographiquement. Parmi les instants vécus au cours de ces quatre magnifiques journées de l’été dernier, je relaterai ceux qui suivent.

Le délire
Le point culminant du «Centopassi», dans tous les sens du terme, est le col de la Bonette, sommet du tour avec ses 2802 m. Un paysage lunaire splendide, en dessus de la limite des forêts, ce qui signifie une visibilité parfaite dans les virages, mais également beaucoup de vent latéral.

Les versants d’éboulis interminables du col d’Izoard donnent également l’impression d’une autre planète. Des volées de virages défilent sous les pans de rochers immenses et raides (voir grande photo). Vraiment pas facile de se décider entre regarder et rouler.

Plus simple, le passage du col de Vars: le côté sud est très varié. La route bosselée et étroite longe des petits murs de pierres. Rouler vite serait un péché et même plutôt dangereux. Dans la descente du côté nord, juste après le petit village de Ste-Marie-de-Vars jusqu’en bas à Guillestre, la route est agréablement large avec une bonne visibilité et dotée d’un bon revêtement. Ici on peut laisser filer. Biotope idéal pour la horde d’arqueboutés et autres fonceurs! De toute façon, le paysage est peu attrayant – ou ne l’ai-je tout simplement pas remarqué lors de mon rase-mottes à travers les Alpes cottiennes?

Le col de Vars, le col d’Izoard et le col de la Bonette se dressent sur une ligne quasi droite (cela semble paradoxal!) au sud de Briançon. Cette ville alpestre est d’ailleurs au confluent de cinq vallées, excellent point de départ pour des virées d’un jour tous azimuts vers les cols les plus spectaculaires. De plus, la vieille ville présente quelques attractions architecturales et culinaires. Les participants du «Centopassi» étaient hébergés un col (col de l’Echelle ou col de Montgenèvre) plus loin que Briançon, plus précisément à Bardonecchia dans le Val Susa.

Ça a réveillé votre interêt? L'article lui-même se trouve dans MOTO SPORT SUISSE 10/2006 du 17.05.2006...ou, encore mieux: commandez un abonnement online


Infos voyage

  • Documents officiels Carte d’identité, permis de conduire et carte grise
  • Itinéraires proposés Classiquement la Route Napoléon, de Grenoble à la Méditerranée, figurant sur toutes les cartes routières. Ou par les vrais grands cols des Alpes, au nombre de 18, suivant la route des Grandes Alpes, du Léman à Menton, à l’est de Nice. Infos détaillées, voir ww.routedesgrandesalpes.com.
  • Routes Les petites routes de montagne sont souvent étroites, leurs virages serrés, parfois en partie non asphaltées. Attention aux «lézards» (rapiéçage bitumeux), leur aspect mat inspire confiance mais elles sont plus glissantes que chez nous!
  • Période Préférer juillet-août si l’on veut être sûr de franchir les cols les plus élevés sans neige. Le trafic est étonnamment faible, sauf aux cols bien aménagés tels que le Lautaret.
  • Cartes Bien détaillées et avec bonne vue d’ensemble, les cartes régionales Kümmerly + Frey, «Rhône-Alpes–Savoie» et «Provence–Côte d’Azur», à Fr. 16.80. Pour plus de détails, voir Michelin.

 

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